Thèse Analyser les Transitions Systémiques à Partir de Territoires Post-Rupture Croisements Biogéochimiques et Socio-Économiques H/F - Institut National Polytechnique de Toulouse
- Toulouse - 31
- CDD
- Institut National Polytechnique de Toulouse
Les missions du poste
Établissement : Institut National Polytechnique de Toulouse
École doctorale : SDU2E - Sciences de l'Univers, de l'Environnement et de l'Espace
Laboratoire de recherche : CRBE - Centre de Recherche sur la Biodiversité et l'Environnement
Direction de la thèse : Roman TEISSERENC ORCID 000000022440040X
Début de la thèse : 2026-10-01
Date limite de candidature : 2026-06-01T23:59:59
Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les problématiques environnementales s'amplifient, mettant en péril certains territoires, les êtres vivants, leur souveraineté et leurs droits sociaux. De nos jours, le rapport Limits and beyond: 50 years on from The Limits to Growth (Bardi et al., 2022) et l'absence de mesures politiques alertent : au vu de la trajectoire actuelle, une transition drastique de la qualité de vie de l'ensemble des êtres vivants semble inévitable. Face à cette perspective et à la courte fenêtre d'action encore disponible, les stratégies d'adaptation et d'atténuation ne peuvent plus constituer les seules réponses envisageables. En effet, dans un contexte de transitions systémiques imminentes, les représentations d'un « après-transition » restent peu développées. Il apparaît nécessaire d'étudier des socio-écosystème ayant déjà connu et vécu des transitions systémiques profondes, dans l'objectif de faire émerger de nouveaux récits et méthodes d'adaptation face à la transition à venir. Les transitions peuvent trouver leurs origines due dans un bouleversement politique, géopolitique ou environnemental, comme à Barentsburg, au Svalbard (Norvège), à la fermeture d'une industrie à Alès, en France, ou encore aux catastrophes naturelles à Kahramanmaras, en Turquie. Pour parvenir à faire émerger des récits alternatifs face à la transition future, le projet de thèse propose de mettre en corrélation des trajectoires biogéochimiques et socio-économiques. Pour ce faire, l'évolution des bassins de vie avant et après la transition serait reconstituée, parallèlement à une reconstitution des trajectoires socio-économiques, fondée sur l'expertise citoyenne de ces territoires. L'ensemble de ces données sera par la suite analysé et mis en corrélation dans l'objectif de faire émerger de nouveaux récits face aux transitions systémiques et de créer une modélisation systémique permettant de transposer ces récits dans d'autres territoires.
Après la Seconde Guerre mondiale, l'humanité s'apprête à faire face à des changements démographiques, économiques et socio-politiques inédits. Le nombre de naissances augmentent exponentiellement, entraînant une forte demande et nécessitant des investissements importants dans les secteurs industriel et agronomique. Ces investissements s'accompagnent d'un changement de paradigme : l'industrie et l'agriculture, auparavant traditionnelles et familiales, évoluent vers des secteurs modernes s'appuyant sur la recherche et la technique pour produire davantage (Eck, 2004). Par conséquent, la consommation augmente et les taux de croissance économique atteignent des niveaux élevés en Europe de l'Ouest (+5 % à +6 % par an) (Fourastié, 1979). Si, dans le contexte de l'après-guerre, la croissance économique et la modernisation ont permis d'assurer l'approvisionnement alimentaire et la reconstruction de l'Europe occidentale, elles ont néanmoins engendré des dégradations importantes sur l'environnement. En 2026, la situation environnementale s'est aggravée : au niveau mondial, 7 des 9 limites planétaires ont été franchies, les études sur le changement climatique prévoient un réchauffement global d'au moins 2 °C avant 2050 (Hansen et al., 2023), l'érosion de la biodiversité s'intensifie et les ressources fossiles s'épuisent progressivement (Sédillot, 2025).Au niveau social, en 2025, cette situation affecte particulièrement les populations les plus vulnérables, situées dans les régions les moins émettrices de dioxyde de carbone mais les plus exposées aux risques environnementaux (Schöngart et al., 2025). Ces populations voient leurs environnements accaparés pour faire face aux problématiques alimentaires et sont contraintes de vivre dans des conditions précaires et instables. Parfois, elles doivent quitter leur pays ou leur habitat pour rejoindre des zones plus stables. Il en résulte des situations de racisme, de sexisme et de discriminations socio-économiques, rendant cette migration forcée encore plus traumatisante, tant physiquement que psychologiquement (Alvarez, 2023 ; Rahiem et al., 2021). Face à cette problématique systémique, qui exige une implication politique importante, la France a adopté une approche stratégique d'atténuation et d'adaptation. Ces approches, concrètement traduites par le PNACC (Plan National d'Adaptation au Changement Climatique) et la SNBC (Stratégie Nationale Bas Carbone) (Lançon, 2018 ; 2019), visent à retarder les transitions à venir et à s'adapter techniquement à vivre dans ces transitions, sans changement structurel et systémique. Ces approches s'inscrivent dans un paradigme qui postule que les transitions peuvent être intentionnellement orientées et choisies. Cependant, face au caractère systémique de la problématique et à l'étroitesse de la fenêtre d'action, il est nécessaire d'envisager qu'une transition puisse se produire sans possibilité de contrôle. Plusieurs territoires illustrent ce concept :
-Barentsburg (Svalbard, Norvège) : un territoire à l'histoire ponctuée de grandes bifurcations : la découverte de l'archipel par les Européens au XVIe siècle, la mise en valeur d'une ressource abondante à partir du XXe siècle, les transferts successifs de contrôle du village entre puissances européennes puis soviétiques, une croissance soutenue et exponentielle, une richesse opulente, suivie d'une diminution drastique d'une ressource centrale, et enfin l'effondrement des richesses et de la population à la fin du XXe siècle. En somme, une ancienne ville minière de l'ex-URSS ayant subi l'effondrement politico-social soviétique et aujourd'hui directement impactée par le changement climatique.-Kahramanmaras (Turquie) : un territoire touché par des séismes de grande ampleur, ayant entraîné des catastrophes humaines et matérielles, et par conséquent des déplacements forcés de population à grande échelle.
-Alès et Carmaux (France): ces territoires ont connu un déclin économique suite à l'arrêt de l'exploitation d'une ressource, modifiant par conséquent l'ensemble des aspects sociaux, environnementaux et économiques de ces zones.
Ces territoires ont expérimenté l'après transition. Ces derniers constituent des exemples qui pourraient permettre d'étendre les récits sur les transitions par l'étude des trajectoires biogéochimiques et sociologiques.
-Développer une analyse systémique des archives naturelles classiques (sédiments, tourbe) et reconstituer une trajectoire géochimique d'un territoire.
-Faire émerger de nouveaux récits par la mise en commun des trajectoires biogéochimiques, des trajectoires de vie des populations et de la trajectoire historique de zones ayant vécu des transitions systémiques.
-Développer une modélisation systémique permettant de transposer l'étude à d'autres territoires.
Ce projet entend s'intéresser aux récits au sens large. D'une part, il s'agira d'analyser les récits des paysages, c'est-à-dire de reconstituer l'évolution d'un bassin versant. Pour ce faire, des prélèvements de terrain ainsi que des analyses des cycles du carbone et des polluants seront réalisés, puis mis en corrélation avec des récits historiques bibliographiques. Les récits socio-historiques seront documentés et analysés en collaboration avec les habitantes et habitants de ces territoires, à partir de différents outils sociologiques tels que les entretiens semi-directifs et l'observation sociologique. L'ensemble des données biogéochimiques et sociologiques sera ensuite mis en comparaison et analysé afin de faire émerger des récits alternatifs face aux transitions systémiques.
Le profil recherché
Nous recherchons une personne titulaire d'un Master 2 recherche ou équivalent, toutes disciplines confondues. L'élément le plus important sera l'adéquation entre les intentions et les motivations de l'étudiant ou de l'étudiante et le sujet proposé. Des compétences initiales en biogéochimie peuvent apparaître pertinentes, mais ne sont pas déterminantes. La capacité à apprendre, à se documenter et à évoluer en dehors de sa zone de confort nous paraît essentielle. Il est nécessaire d'avoir un goût prononcé pour l'interdisciplinarité (le sujet étant au carrefour de différentes disciplines), pour les travaux et enquêtes de terrain (tant pour les prélèvements que pour la rencontre avec les populations), parfois dans des conditions extrêmes, ainsi que pour l'expérimentation (il s'agit d'un sujet peu commun pouvant servir de terrain d'essai à différents niveaux). Capacité d'adaptation, agilité et écoute, ouverture d'esprit, créativité, sens de l'altérité et esprit d'initiative sont attendus. Le sens du contact, les compétences en communication, la facilité d'écriture ainsi que l'aisance dans la prise de photographies, de vues et de vidéos à des fins de documentation seront également appréciés.