Thèse Programme Sport Aja Activités Sportives et Relation d'Accompagnement dans le Rétablissement Psychosocial et la Qualité de Vie des Adolescents et Jeunes Adultes Après un Cancer. H/F - Aix Marseille Université
- Marseille - 13
- CDD
- Aix Marseille Université
Les missions du poste
Établissement : Aix Marseille Université
École doctorale : Recherches Biomédicales
Laboratoire de recherche : MSC - Management Sport Cancer
Direction de la thèse : Sarah CALVIN ORCID 0000000227441899
Début de la thèse : 2026-10-01
Date limite de candidature : 2026-04-26T23:59:59
Le projet de thèse « Sport AJA » vise à analyser le rôle de l'activité physique et sportive dans le processus de rétablissement psychosocial et d'amélioration de la qualité de vie des adolescents et jeunes adultes (AJA) après un cancer. Il s'inscrit dans une problématique centrale de santé publique concernant cette population, caractérisée par des besoins spécifiques liés à une période de vie marquée par la construction identitaire, l'insertion sociale et les perspectives d'avenir. La recherche s'intéresse plus particulièrement à la manière dont la pratique sportive, les expériences vécues dans ce cadre et la relation d'accompagnement peuvent favoriser le rétablissement psychologique et sociale des jeunes adultes après la maladie.
Ce projet doctoral s'intègre dans un axe de recherche dédié aux AJA atteints de cancer, actuellement développé au sein du laboratoire MSC. L'objectif est de contribuer à une meilleure compréhension des mécanismes par lesquels l'activité physique adaptée peut soutenir le rétablissement psychosocial, en tenant compte des spécificités développementales, sociales et existentielles propres à cette tranche d'âge. La thèse ambitionne ainsi d'identifier les bénéfices potentiels du sport sur la qualité de vie, le sentiment d'efficacité personnelle, la réappropriation du corps et la projection dans l'avenir, tout en analysant les conditions nécessaires à la mise en place d'un accompagnement pertinent et durable.
Afin de garantir la faisabilité du projet sur la durée de la thèse, deux axes principaux structureront le travail doctoral. Ceux-ci feront l'objet de protocoles méthodologiques détaillés permettant d'explorer à la fois les expériences subjectives des participants et les effets mesurables des programmes d'activité physique. Un troisième axe, envisagé comme prolongement post-doctoral, permettra d'élargir les perspectives de recherche à plus grande échelle.
La recherche sera menée en collaboration étroite avec l'Institut Paoli-Calmettes, notamment au sein du dispositif « Sport Cancer by IPC », consacré à l'activité physique adaptée en oncologie, ainsi qu'avec le dispositif CAP'AJA : dispositif régional d'accompagnement des AJA. Elle s'appuiera également sur un réseau d'associations partenaires impliquées auprès de ces jeunes, garantissant un ancrage solide dans la réalité des pratiques de terrain et facilitant l'accès à la population étudiée. Ces partenariats permettront d'assurer la pertinence clinique et sociale des résultats attendus.
Conformément à l'usage des structures oncologiques et de la littérature scientifique, le terme « Adolescents et Jeunes Adultes » renvoie généralement aux personnes âgées de 15 à 30 ans. Toutefois, pour des raisons éthiques et méthodologiques, l'étude portera exclusivement sur des jeunes adultes majeurs âgés de 18 à 30 ans.
En définitive, ce projet doctoral vise à démontrer que l'activité physique et sportive constitue un levier majeur de reconstruction après un cancer chez les jeunes adultes. En produisant des connaissances scientifiques sur ses effets et ses modalités d'intégration dans les parcours de soins et de vie, il ambitionne de contribuer à l'amélioration des dispositifs d'accompagnement existants et à la promotion d'une prise en charge globale, adaptée aux besoins spécifiques des AJA.
Historiquement, le laboratoire Management Sport Cancer (MSC) s'est d'abord intéressé à la relation entraîneur-entraîné dans le sport de haut niveau. À une période où cette dimension était encore peu étudiée, les travaux ont montré que la qualité de la relation entre le coach et le sportif jouait un rôle important dans la performance et le bien-être. Progressivement, l'expertise développée dans ce domaine a été transférée vers le secteur de la santé, et plus particulièrement vers l'oncologie. Face au besoin d'améliorer la prise en charge non médicamenteuse des patients, une question a émergé : les modes d'accompagnement relationnels utilisés par les grands coachs sportifs, habitués aux situations à fort enjeu, peuvent-ils être transposés au contexte oncologique, notamment lors de périodes critiques comme le post-greffe de cellules souches hématopoïétiques ?
C'est dans cette dynamique que le laboratoire Sport-Management & Performance est devenu Management Sport Cancer, développant depuis près d'une décennie des recherches à l'interface entre sciences du sport, sciences humaines et sociales et oncologie. Ces travaux s'inspirent des modèles d'accompagnement issus du sport de haut niveau pour soutenir le rétablissement psychosocial des patients atteints de cancer.
Le programme REBOND constitue le socle de cette orientation. Il a introduit le concept d'onco-coaching d'inspiration sportive, fondé sur les théories et pratiques du coaching de haut niveau, pour accompagner des patients en rémission après greffe de cellules souches hématopoïétiques. Les résultats ont montré que ce type d'accompagnement favorise le rétablissement psychosocial, en plaçant le soutien relationnel et social au centre du processus dans un moment marquée par le passage de la survie à la reprise d'une vie active et projetée (Cuvelier et al., 2021 ; Blaise et al., 2020). Ce programme a ouvert la voie à une autre forme d'intervention : l'APA coachée, où l'activité physique adaptée (APA) devient un support relationnel.
Ce second axe de recherche s'appuie sur un constat clair : aujourd'hui l'APA est pleinement reconnue comme une composante essentielle des soins de support en oncologie. Ses bénéfices relèvent d'un consensus scientifique solide : amélioration de la condition physique, réduction de la fatigue, effets positifs sur la santé mentale et contribution à une meilleure qualité de vie (Foucaut et al., 2016 ; Carayol, 2013 ; Battaglini, 2009 ; Shen & Yang, 2020).
Dans ce contexte, la question scientifique ne porte plus sur l'efficacité de l'activité physique en elle-même, mais sur les modalités selon lesquelles elle est proposée et vécue, ainsi que sur la manière dont l'accompagnement peut en renforcer les effets.
C'est dans cette logique que le programme COHABILIT (en cours) étudie l'impact du coaching durant le parcours de soins hématologiques. Il s'inscrit dans une triade de préhabilitation associant nutrition, APA et coaching, pour des patients traités par chimiothérapie intensive et éligibles à un greffe allogénique de cellules souches hématopoïétiques (GAMO) (Saillard et al., 2023). Le projet cherche à démontrer les bénéfices conjoints d'une approche sportive combinée à un accompagnement relationnel spécifique, avec l'hypothèse qu'une préhabilitation multimodale peut limiter la détérioration de l'état de santé et réduire les risques de morbidité et de mortalité.
Dans le prolongement de cette approche, le programme AQUAPOLO explore une pratique sportive exigeante en contexte collectif auprès de femmes en fin de traitement d'un cancer du sein (Cuvelier et al., 2023). L'originalité du dispositif repose sur l'immersion dans un environnement sportif structuré qui dépasse une simple logique d'exercice pour devenir une véritable expérience sportive. Le projet s'intéresse aux effets physiques et psychologiques de la pratique, mais aussi à la relation entraîneur-entraînée. Bien que seule l'étude préliminaire a été publiée, les résultats montrent que l'engagement collectif, le défi physique partagé et le coaching relationnel ont favorisé un environnement social positif pour les participantes. Au-delà des effets thérapeutiques, l'étude souligne le rôle du coaching et des relations entre pairs dans la cohésion du groupe, la participation et la reconstruction identitaire.
Cependant, malgré la reconnaissance des bénéfices de l'APA, la littérature montre que les niveaux de pratique restent insuffisants après un cancer (National Cancer Institute, 2020). L'adhésion et l'engagement durable des patients constituent ainsi un enjeu majeur. Les freins identifiés sont multiples : déconditionnement physique, fatigue persistante, contraintes organisationnelles, mais aussi facteurs motivationnels et sentiment de ne pas être suffisamment accompagné (Wurz et al., 2015 ; Brunet et al., 2013). Cette réalité invite à déplacer le regard, au-delà des effets physiques et psychologiques de l'activité, il devient nécessaire de comprendre les mécanismes psychosociaux qui favorisent l'engagement. Cette problématique dépasse le seul champ de l'oncologie. La Stratégie nationale sport-santé 2025-2030 identifie en effet les jeunes comme un public prioritaire face à l'augmentation de l'inactivité physique et de la sédentarité observées dès l'adolescence (Ministère des Sports et Ministère de la Santé, 2025).
Ainsi, tenant compte de cela, le laboratoire a progressivement orienté ses recherches vers une compréhension plus fine des mécanismes à l'oeuvre dans ces dispositifs et dans la compréhension de l'engagement des patients. Ainsi, le projet R-APA (en cours) vise à analyser les caractéristiques et l'impact de la relation entre un enseignant en APA et un patient en milieu hospitalier, en postulant que la qualité de cette relation constitue un médiateur, voire un catalyseur, des effets associés à la pratique et de l'engagement des participants. Il marque ainsi un passage du constat des bénéfices de l'activité physique à l'étude des mécanismes relationnels et motivationnels qui en conditionnent l'efficacité, notamment à travers le développement d'outils d'évaluation spécifiques.
Dans le prolongement de ces travaux, le laboratoire a progressivement élargi sa réflexion à la diversité des profils de patients et à la nécessité d'adapter les dispositifs d'accompagnement à leurs spécificités. Cette évolution a conduit à s'intéresser plus particulièrement aux adolescents et jeunes adultes (AJA) atteints de cancer, population longtemps restée en marge des recherches et des organisations de soins (Pombet, 2021).
Les AJA constituent une population intermédiaire entre l'oncologie pédiatrique et l'oncologie adulte. En France, ils sont le plus souvent définis comme les jeunes âgés de 15 à 24 ans, bien que cette tranche puisse être étendue jusqu'à 29 ans, voire 39 ans selon les contextes institutionnels et les études internationales (Barr et al., 2016 ; Orbach, 2016). En France, environ 2 300 AJA sont diagnostiqués d'un cancer chaque année, et près de 87 % sont encore en vie cinq ans après le diagnostic (Raze et al., 2020). L'amélioration du pronostic met ainsi en lumière les enjeux de l'après-cancer et de la qualité de vie à long terme, faisant des AJA une priorité de la stratégie décennale de lutte contre les cancers. En effet, la feuille de route actualisée de la Stratégie décennale de lutte contre les cancers pour la période 2026-2030 identifie les AJA comme l'un des cinq publics prioritaires, soulignant la nécessité de mieux prendre en compte leur qualité de vie dans l'après-cancer (INCa, 2026).
Si la littérature s'est initialement intéressée aux spécificités biologiques des cancers dans cette tranche d'âge, elle met aujourd'hui en évidence l'existence de besoins psychosociaux singuliers, fortement liés au stade de développement de ces jeunes (Turgeman & West, 2023 ; Hudson & Bhatia, 2023). La maladie survient en effet à un moment de vie marqué par la quête d'autonomie, l'exploration identitaire et la construction des projets d'avenir. Le cancer introduit alors une rupture profonde dans ces dynamiques et cela vient durablement impacter leur qualité de vie (Ferrari et al., 2021; Natori et al., 2025).
Ces constats amènent ainsi à réfléchir aux modalités d'accompagnement permettant aux jeunes de se réapproprier un pouvoir d'action sur leur vie malgré la maladie. Cette dynamique d'empowerment renvoie à un processus de transformation fondé sur l'engagement personnel, la mobilisation des ressources de l'environnement et le renforcement du sentiment d'efficacité personnelle (Avery et al., 2023).
Ainsi, cela a poussé laboratoire à développer dans un premier temps un questionnaire dédié à l'évaluation des besoins psychosociaux non satisfaits des AJA, afin de mieux adapter les prises en charge à leurs réalités. Parallèlement, un volet spécifique du programme REBOND, adapté à cette population (REBOND AJA), est actuellement en cours de développement (Justafré et al., 2024). La période de l'après-cancer chez les AJA cumule en effet les enjeux liés à la transition post-maladie, souvent marquée par un sentiment d'abandon, et ceux propres à cette étape du développement, ce qui en fait une phase particulièrement vulnérable nécessitant un accompagnement renforcé.
Si l'onco-coaching tel que proposé dans REBOND AJA commence à être exploré, la place d'une APA inscrite dans ce cadre relationnel: l'APA coachée, reste encore peu inexplorée chez les AJA, ce qui constitue l'un des fondements du présent projet doctoral.
L'ensemble de ces éléments met en lumière une convergence d'enjeux. Les AJA atteints de cancer constituent une population aux besoins psychosociaux spécifiques, particulièrement marqués dans la période de l'après-cancer, qui influencent directement leur qualité de vie et leur capacité à se projeter dans l'avenir. Parallèlement, l'activité physique adaptée est reconnue comme un levier majeur du rétablissement en oncologie, mais son efficacité dépend étroitement de l'engagement des patients dans la pratique, engagement qui demeure insuffisant après la maladie. Par ailleurs, la stratégie nationale sport santé identifie les jeunes comme une population prioritaire, chez qui une importante baisse du niveau de pratique a été observée. Les travaux du laboratoire ont montré que des environnements sportifs structurés et une relation d'accompagnement inspirée du sport peuvent soutenir ces processus de rétablissement.
Ainsi, c'est dans cette perspective que s'inscrit la question centrale du présent projet doctoral :
Quel est l'impact des activités sportives et la relation d'accompagnement dans le rétablissement psychosocial et la qualité de vie des adolescents et jeunes adultes après un cancer ?
A/ Etudes observationnelles mixtes
1/ Décrire le niveau d'activité physique des jeunes adultes en rémission d'un cancer et déterminer la proportion atteignant les recommandations d'activité physique de l'OMS par évaluation quantitative (Informations sociodémographiques et cliniques, Global Physical Activity Questionnaire (GPAQ), et par méthode qualitative (entretiens semi-directifs (analyse selon l'approche thématique inductive ))
2/ Evaluation du lien entre la qualité de la relation Enseignant APA - AJA sur la qualité de vie et les besoins psychosociaux non satisfaits des AJA par méthodes quantitatives (Questionnaire CART-Q, Questionnaire EORTC QLQ-C30 version 3, Questionnaire QUEEQ AYA) et par méthode qualitative (entretiens semi-directifs (analyse selon l'approche thématique inductive ))
B/ Etude observationnelle
Évaluer l'impact de la participation à un défi sportif engageant sur la qualité de vie des jeunes adultes en rémission d'un cancer et analyser l'effet de ce défi sportif sur le pouvoir d'agir (empowerment), notamment en termes de sentiment d'efficacité personnelle et de capacité à se projeter dans l'avenir.
Intervention : Tour du Mont-Blanc
évaluation quantitative (Global Physical Activity Questionnaire (GPAQ), Questionnaire EORTC QLQ-C30 version 3), et par méthode qualitative (entretiens semi-directifs (analyse selon l'approche thématique inductive ))
Le profil recherché
Formation requise :
Licence et Master en Activité Physique Adaptée (APA) ayant une carte professionnelle à jour (Ministère des Sports).
Expérience professionnelle :
Expérience significative en oncologie, notamment dans le cadre de la prise en charge des patients atteints de cancer (minimum 12 mois).
Expérience dans la mise en place de programmes d'APA dans des contextes médicaux ou de soins serait un atout majeur.
Une expérience en recherche, notamment dans le domaine de la santé, de la réadaptation ou de l'activité physique adaptée en lien avec des pathologies chroniques ou oncologiques, est souhaitée.
Compétences recherchées :
Connaissance des pratiques et des enjeux liés à l'activité physique adaptée dans le domaine de la santé et plus spécifiquement en oncologie.
Capacités de recherche, analyse et synthèse des données scientifiques.
Compétences en gestion de projet de recherche, collaboration interdisciplinaire et travail en équipe.
Bonnes compétences en communication scientifique, tant à l'écrit qu'à l'oral.
Maîtrise des outils statistiques et des logiciels de traitement de données pour l'analyse des résultats de recherche.
Profil personnel :
Motivation pour contribuer à améliorer la prise en charge des AJA, réduire les séquelles à long terme et améliorer leur qualité de vie, conformément aux politiques de santé en vigueur.
Motivation pour contribuer à l'évolution de l'activité physique adaptée dans le cadre du traitement et de la réadaptation des patients en oncologie.
Intérêt pour les relations humaines et la dynamique d'accompagnement des patients.
Capacité à travailler en collaboration avec des professionnels de la santé, des chercheurs et des équipes pluridisciplinaires.
Autonomie et rigueur scientifique.