Thèse Comment l'Anticipation de la Montée Relative du Niveau des Océans Peut-Elle Modifier le Seuil d'Acceptabilité au Changement Encourager des Trajectoires d'Adaptation Transformationnelle et En H/F - Université Grenoble Alpes
- Grenoble - 38
- CDD
- Université Grenoble Alpes
Les missions du poste
Établissement : Université Grenoble Alpes
École doctorale : STEP - Sciences de la Terre de l'Environnement et des Planètes
Laboratoire de recherche : Institut des Géosciences de l'Environnement (IGE)
Direction de la thèse : Nicolas JOURDAIN ORCID 0000000213722235
Début de la thèse : 2026-10-01
Date limite de candidature : 2026-04-01T23:59:59
Ce projet de thèse s'inscrit à l'interface entre sciences climatiques et sciences sociales et analyse de manière inédite l'effet de la prospective participative sur l'engagement des habitants du delta du Mékong face à la montée relative du niveau des mers. Dans un territoire où les réponses d'adaptation restent largement techniques et sectorielles, qu'il s'agisse des dynamiques géomorphologiques, écologiques, socioéconomiques ou migratoires, ce projet répond à un double décalage mis en évidence par l'Adaptation Gap Report 2025 : d'une part entre les trajectoires d'adaptation définies par les institutions et le vécu des habitants, d'autre part entre l'urgence climatique et la faible prise en compte des perceptions locales dans l'élaboration des futurs. Les travaux du projet GEMMES ont en effet souligné l'importance de dépasser les stratégies incrémentales au profit de transformations profondes, anticipées avant le franchissement de seuils critiques, et coconstruites à l'échelle du territoire. Par ailleurs, les recherches existantes rendent encore peu compte du vécu des transformations dans le delta, des attachements à la terre et à l'eau, ou de la manière dont les habitants hiérarchisent les risques, malgré l'importance de ces dimensions dans la perception du danger et dans l'évaluation des aménagements. Elles interrogent rarement les conditions sociales d'émergence d'une adaptation transformationnelle, alors même que des phénomènes comme la subsidence ou les mal-adaptations documentées au Vietnam exigent un changement de paradigme afin de ne pas compromettre l'habitabilité de la région. De plus, si une vaste étude de prospective menée à la demande du gouvernement du Vietnam par le gouvernement néerlandais et une autre étude de scénarisation économique du futur du delta développent des scénarii de référence, aucune recherche substantive de prospective participative dans le delta ne semble avoir vu le jour. Enfin, la gouvernance vietnamienne, centralisée, technocratique et traversée d'asymétries de pouvoir, limite la prise en compte des arbitrages locaux, malgré l'existence de mobilisations sociales capables d'infléchir les décisions.
Ce projet propose donc de combler une lacune majeure : l'absence de données qualitatives sur la manière dont les habitants perçoivent les aménagements réalisés, interprètent les projections futures et acceptent d'envisager, ou non, des transformations profondes de pratiques ou d'habitus. Il repose sur plusieurs hypothèses : (1) qu'il n'existe pas de capacité de projection pertinente sans une traduction cognitive des scénarios scientifiques dans des repères qui ont du sens localement, (2) que la prospective collective ne révèle pas seulement les préférences, mais contribue à les transformer et (3) que l'exercice de prospective et ses résultats peuvent être un levier légitime à intégrer à la prise de décision institutionnelle future. Empiriquement, la recherche articulera analyse géographique territoriale, enquêtes de perception initiales, ateliers de prospective collective et réévaluation des représentations. Elle permettra de mesurer l'évolution des imaginaires, des horizons temporels et du seuil d'acceptabilité des transformations, tout en produisant un dispositif méthodologique reproductible, des critères localisés d'interprétation du risque et des lignes directrices pour une feuille de route stratégique coconstruites avec les habitants. En éclairant les dynamiques subjectives, politiques et anticipatoires de l'adaptation, ce projet s'inscrit directement dans les recommandations du programme GEMMES. Il répond au besoin d'élaborer des trajectoires d'adaptation systémiques, justes et ancrées dans les réalités locales. Il apporte une contribution originale : montrer comment la prospective participative peut devenir un levier de transformation face au risque majeur de la montée du niveau des mers, dans l'un des deltas les plus vulnérables du monde.
Dans un territoire où les réponses d'adaptation restent largement techniques et sectorielles, qu'il s'agisse des dynamiques géomorphologiques, écologiques, socioéconomiques ou migratoires, ce projet répond à un double décalage mis en évidence par l'Adaptation Gap Report 2025 : d'une part entre les trajectoires d'adaptation définies par les institutions et le vécu des habitants, d'autre part entre l'urgence climatique et la faible prise en compte des perceptions locales dans l'élaboration des futurs. Les travaux du projet GEMMES ont en effet souligné l'importance de dépasser les stratégies incrémentales au profit de transformations profondes, anticipées avant le franchissement de seuils critiques, et coconstruites à l'échelle du territoire. Par ailleurs, les recherches existantes rendent encore peu compte du vécu des transformations dans le delta, des attachements à la terre et à l'eau, ou de la manière dont les habitants hiérarchisent les risques, malgré l'importance de ces dimensions dans la perception du danger et dans l'évaluation des aménagements. Elles interrogent rarement les conditions sociales d'émergence d'une adaptation transformationnelle, alors même que des phénomènes comme la subsidence ou les mal-adaptations documentées au Vietnam exigent un changement de paradigme afin de ne pas compromettre l'habitabilité de la région. De plus, si une vaste étude de prospective menée à la demande du gouvernement du Vietnam par le gouvernement néerlandais et une autre étude de scénarisation économique du futur du delta développent des scénarii de référence, aucune recherche substantive de prospective participative dans le delta ne semble avoir vu le jour. Enfin, la gouvernance vietnamienne, centralisée, technocratique et traversée d'asymétries de pouvoir, limite la prise en compte des arbitrages locaux, malgré l'existence de mobilisations sociales capables d'infléchir les décisions.
Ce projet de thèse entre sciences climatiques et sciences sociales, mobilise la prospective participative comme dispositif d'analyse et d'intervention. Il vise à comprendre comment les habitants du delta du Mékong, confrontés à la hausse relative du niveau des mers via l'effet de subsidence perçoivent, interprètent et acceptent les aménagements d'adaptation déjà réalisés et les projections futures. Il vise enfin à comprendre dans quelle mesure la prospective collective influe sur leur engagement vers des formes d'adaptation transformationnelle. Le cadre d'analyse repose sur trois grands axes de recherche qui tente chacun de répondre à une hypothèse. Le premier axe vise à documenter le vécu des habitants du delta face à l'effet de subsidence en cours, en considérant l'expérience quotidienne comme une source centrale de connaissance pour appréhender les futurs effets de la montée du niveau de la mer. Le deuxième axe analyse la capacité des acteurs du delta à se projeter dans des futurs marqués par des transformations profondes de l'habitabilité, et le rôle de la prospective participative dans cette projection. Le troisième axe vise à analyser les conditions d'émergence de l'engagement vers des trajectoires d'adaptation transformationnelle, à partir de la notion centrale de seuil d'acceptabilité.
1. Sélection des territoires d'étude : des 'territoires sentinelles'. La première étape consistera à identifier plusieurs territoires sentinelles au sein du delta du Mékong, choisis pour leur capacité à révéler de manière anticipée les dynamiques de vulnérabilité et d'adaptation à la hausse relative du niveau de la mer. Cette sélection reposera sur une analyse spatiale fine mobilisant des systèmes d'information géographique (SIG), notamment QGIS, afin de croiser les données environnementales, climatiques et socio-économiques disponibles. Une grille de critères viendra appuyer l'interprétation géographique. Elle croisera notamment : l'exposition à la hausse relative du niveau de la mer ; la présence de risques climatiques et environnementaux cumulés (intrusions salines, érosion côtière, stress hydrique, températures extrêmes, acidification, pollution, effondrement des écosystèmes) ; les trajectoires d'aménagement et d'urbanisation ; les politiques et projets d'adaptation déjà mis en oeuvre. Les territoires retenus présenteront systématiquement une combinaison du risque de hausse relative du niveau de la mer avec au moins un autre facteur de stress (température, salinité, acidité, inondation etc..), dans le but de comparer les différences de comportements et de pratiques face aux risques.
2. Enquêtes de perception et analyse des rapports à l'adaptation Sur chacun de ces territoires, des enquêtes de perception seront conduites afin de documenter le rapport des habitants aux changements environnementaux, aux politiques d'aménagement d'adaptation passées et présentes, ainsi que leur degré de préparation face à différents horizons de transformation. L'échantillon inclura une ou plusieurs catégories d'acteurs du territoire : exploitants agricoles et aquacoles, ouvriers, commerçants, habitants non exploitants, représentants des autorités locales ou acteurs économiques. Le protocole combinera des données quantitatives et qualitatives, à partir de questionnaires standardisés et d'entretiens semi-directifs. Les données quantitatives permettront d'identifier des régularités, des corrélations et des profils de perception, analysés à l'aide de méthodes statistiques sous R. Les données qualitatives viendront enrichir et contextualiser ces résultats, en donnant accès aux logiques d'arbitrage, aux récits de transformation et aux expériences vécues. Cette approche mixte permettra d'analyser finement les interdépendances entre exposition au risque, conditions socio-économiques, expériences passées et dispositions à l'adaptation.
3. Identification des moteurs de changement et construction de scénarios contextualisés Les données issues des enquêtes constitueront la base d'identification des facteurs d'interprétation des scénarios climatiques, désignés comme « moteurs de changement » (drivers). Ces moteurs permettront de traduire les projections climatiques et environnementales en enjeux socialement pertinents pour les habitants. Parmi les moteurs pressentis figurent notamment : la pénibilité du travail ; le temps investi dans les activités productives ; les revenus générés ou perdus ; la transmission patrimoniale et l'héritage pour les enfants. Ces dimensions, fortement ancrées dans le vécu quotidien, serviront de médiation entre les données scientifiques (scénarios climatiques, projections d'habitabilité) et les expériences locales, afin de rendre les futurs projetés compréhensibles, discutables et appropriables par les participants.
4. Ateliers de prospective participative et analyse de l'engagement transformationnel. Les scénarios ainsi contextualisés seront mobilisés au sein d'ateliers de prospective participative, réunissant habitants, autorités locales et acteurs économiques. Ces ateliers viseront à coconstruire des scénarios d'adaptation transformationnelle et identifier les échelles temporelles pertinentes pour les participants, en explorant les continuités, les ruptures et les bifurcations possibles des trajectoires territoriales. L'analyse portera à la fois sur : les trajectoires produites collectivement ; les arbitrages, renoncements et préférences exprimés ; les freins et leviers sociaux, économiques et politiques à la transformation ; l'évolution des seuils d'acceptabilité face aux changements envisagés. En comparant les perceptions et les capacités de projection avant et après les dispositifs de prospective, la recherche évaluera dans quelle mesure l'anticipation collective du changement climatique favoriser l'émergence de stratégies d'adaptation plus robustes, inclusives et anticipatrices.
5. Apports scientifiques et opérationnels. Sur le plan opérationnel, la thèse produira des lignes directrices qui pourront constituer une feuille de route stratégique. Fondée sur les trajectoires envisagées par les acteurs locaux elle sera directement mobilisable pour l'élaboration des politiques publiques d'adaptation à divers horizons temporels. Elle produira également un cadre méthodologique reproductible d'atelier d'anticipation participatif.
Le profil recherché
Master en sciences sociales ou équivalent, avec de préférence des connaissances de base sur la physique du réchauffement climatique.