Recrutement Doctorat.Gouv.Fr

Thèse quelle Contingence pour l'Histoire Universelle H/F - Doctorat.Gouv.Fr

  • Montpellier - 34
  • CDD
  • Doctorat.Gouv.Fr
Publié le 1 avril 2026
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Les missions du poste

Établissement : Université de Montpellier
École doctorale : GAIA - Biodiversité, Agriculture, Alimentation, Environnement, Terre, Eau
Laboratoire de recherche : AMAP - botAnique et Modélisation de l'Architecture des Plantes et des végétations
Direction de la thèse : Cédric GAUCHEREL ORCID 0000000245218914
Début de la thèse : 2026-10-01
Date limite de candidature : 2026-05-07T23:59:59

Ce projet de thèse propose une analyse interdisciplinaire des crises environnementales et sociétales actuelles à travers une modélisation possibiliste de l'Histoire universelle. Il s'articule autour de trois questions centrales : la contingence des trajectoires historiques (aurions-nous pu éviter ces crises ?), l'intégration des facteurs responsables (quels sont-ils et comment interagissent-ils ?), et l'identification des points de bascule (et irréversibilités) décisifs. L'approche s'inspire des débats entre déterminisme et contingence, tout en s'appuyant sur les interprétations multifactorielles récentes.

L'originalité réside dans l'utilisation de modèles possibilistes, donc ni déterministes ni probabilistes, permettant d'explorer l'ensemble des futurs possibles. Ces modèles, déjà éprouvés sur des socio-écosystèmes locaux et actuels, seront adaptés à l'échelle globale pour synthétiser les dynamiques historiques et tester les hypothèses de la littérature. Les résultats attendus incluent une validation de la trajectoire historique connue, l'identification de trajectoires alternatives (répondant par là à la question de la contingence), et la mise en lumière des ruptures majeures. Ce travail vise à éclairer la gestion future des socio-écosystèmes, en combinant rigueur scientifique et créativité méthodologique.

Depuis les années 2000 au moins, on voit fleurir des essais, ce que d'aucuns nomment des « monographies évolutionnaires », i.e., des livres grand public et/ou plus académiques proposant de nouveaux récits et interprétations de l'Histoire universelle. Observation intéressante, ces interprétations de l'Histoire sont aussi variées que leurs causes, qu'elles soient économiques (Pomeranz 2000), géographiques (Diamond 1997, Cosandey 2008), politiques (Bayly 2004, Cline 2015), sociales et biologiques (Lahire 2023), philosophiques (Deleuze and Guattari 1972, 1980) ou anthropologiques (Graeber and Wengrow 2021), et souvent multifactorielles. Ces interprétations ne s'accordent que rarement, et aucune synthèse n'existe à ce jour, à notre connaissance. La caution de leurs auteurs favorise-t-elle (ou non) l'accueil de leur hypothèse de travail ? Au passage, le rôle avéré de la Science et des technologies a été souvent mentionné, sans que cette interprétation n'ait été étayé par une analyse (contrefactuelle) de la possible contingence de notre Histoire.

Cette étude à grande échelle de « l'Histoire universelle », que d'autres nomment « l'histoire globalisante » (dimension spatiale) ou « l'étude évolutionnaire » (dimension temporelle), n'est pas encore une discipline scientifique, mais tend à le devenir. Outre les références précitées, qu'elles soient anciennes ou plus récentes (Deleuze and Guattari 1980, Graeber and Wengrow 2021), le rapport du Club de Rome et de ses commentateurs a clairement initié une dynamique dans cette direction même s'il était tourné vers la prospective. On lui trouve d'ailleurs de nombreux précurseurs (Carson 1962 (réimpr. Mariner Books, 2002), Georgescu-Roegen 1971) et successeurs dans la veine même des panels intergouvernementaux (IPCC 2023, IPBES 2025). Tous cherchent à combiner l'ensemble des facteurs responsables de la dynamique de notre société globale à l'aide de modèles (IAMs), généralement sur la base d'études locales et/ou de parties réduites (e.g., climatiques, économiques) du fonctionnement de l'ensemble du système Terre (Zheng et al. 2017). Enfin, ils utilisent des modèles puissants, mais la plupart du temps déterministes (climat) ou probabilistes (société), souvent sur la base de scénarios construits manuellement et limités (i.e., peu créatifs et peu disruptifs) (Pierrel et al. 2023).

Dans ce contexte scientifique, il serait précieux de disposer de modèles possibilistes. Ces modèles, qui par définition ne sont ni déterministes (i.e., toujours le même futur), ni probabilistes (plusieurs futurs, mais interdépendants et non-exhaustifs), offrent un paradigme complémentaire donnant accès à tous les futurs possibles (exhaustivité, non-quantifiée), une fois que l'on cautionne le modèle construit (Gaucherel and Pommereau 2019, Pommereau et al. 2022). Notre équipe développe depuis longtemps ces méthodes novatrices et les a déjà mises en applications sur une large palette de socio-écosystèmes. Ces socio-écosystèmes possèdent également des dynamiques multi-causales, parfois violemment perturbées (e.g., par le climat et/ou les changements sociétaux), et qui nécessitent de les comprendre pour en faire des propositions de gestion pertinentes (Cosme et al. 2024, De Lapparent et al. 2025). Toutefois, nous n'avons développé un modèle possibiliste à l'échelle globale et sur le long terme qu'une seule fois, avec succès lors de ce test de faisabilité, pour mimer le modèle du Club de Rome et en vérifier exhaustivement les prospectives (Pierrel et al. 2023). Il est temps de reproduire l'expérience avec plus d'ambition.

Mais pour y parvenir, pour produire une prospective de façon renseignée et fiable, il manque trois étapes, que nous nous proposons de franchir dans ce sujet ambitieux. Nous avons tout d'abord besoin 1) d'un état de l'art approfondi sur cette question, sur la connaissance et les propositions d'interprétation de l'Histoire, à l'échelle mondiale, des temps préhistoriques aux derniers siècles. Il faut ensuite 2) une méthode rigoureuse pour assembler cette connaissance en un tout cohérent, que l'on pourrait ensuite valider à la lueur de la trajectoire que l'humanité et le socio-écosystème Terre a effectivement suivi (qualitativement) sur la même période. En somme, il s'agit ici de reprendre le programme de nombreux historiens, augmenté d'une masse de connaissances et de méthodes plus complètes que par le passé.

Ainsi, nous proposons dans ce sujet de modéliser l'humanité, vu comme un socio-écosystème fait d'un ensemble de sociétés (dominées par une société occidentale) aux fonctionnements variés. Nous explorerons les dynamiques et interprétations des principaux fonctionnement déjà identifiés par les experts (e.g., Deleuze and Guattari 1980, Graeber and Wengrow 2021), depuis les sociétés primitives et nomades, jusqu'à l'avènement des sociétés étatiques et du capitalisme, qui semble imposer son rythme (et une homogénéisation) à l'ensemble de l'humanité. Pour y parvenir, nous adopterons l'approche qui a déjà fait ses preuves sur d'autres socio-écosystèmes et ne nécessite pas de calibration fine : une modélisation qualitative mais rigoureuse et à gros grain. Nous pourrons occasionnellement remonter plus loin dans le passé, ou zoomer sur des régions d'intérêt très discutées, comme le sont par exemple la Chine et l'Inde juste avant l'ère moderne (e.g., Pomeranz 2000, Bayly 2004).

La force et l'originalité de ce projet repose en grande partie sur les modèles possibilistes que nous développons depuis une décennie au moins (Gaucherel and Pommereau 2019, Pommereau et al. 2022). Ces modèles ont aidé à comprendre et à gérer des cas d'étude contrastés, et seront tout aussi utiles pour explorer la grande Histoire et produire des prospectives à échelle globale. De plus, les versions qualitatives de ces modèles permettent de prendre en compte un grand nombre de variables de natures contrastées (physicochimiques, bio-écologiques, socio-économiques), tout en gardant un parfait contrôle des dynamiques calculées (modèles traçables et analytiques). Nous allons fréquemment jusqu'à une quarantaine de variables, voire plus, lors de la fusion de modèles (e.g., faits de modules sociologiques, politiques, juridiques, psychologiques, économiques) tels que ceux dont on pourrait avoir besoin pour capturer toute la richesse de nos sociétés et écosystèmes globaux (e.g., Cosme et al. 2024, De Lapparent et al. 2025).

Ainsi, nous projetons de modéliser les socio-écosystèmes, pour en synthétiser les connaissances et les hypothèses de travail recensées dans la littérature, sous deux formes différentes. Un premier modèle théorique (MT) permettra autant de synthétiser la connaissance que de tester les principales hypothèses de la littérature sur l'histoire universelle (e.g., Deleuze and Guattari 1972, 1980). Un tel modèle devra concerner les grands fonctionnements de principaux types de sociétés, telles que les sociétés dites primitives, celles étatiques (parfois nommée despotiques) ou encore celles capitalistiques, et identifier toutes les possibles transitions entre elles. Un second modèle plus appliqué (MA) pourra s'appuyer sur le précédent MT, en le déclinant dans ces cas concrets observés, et devra être mis à l'épreuve par une validation sur quelques sociétés bien renseignées (par les sociologiques, anthropologues, économistes), à gros traits puisque nous nous concentrerons sur des variables qualitatives dont nous savons déjà qu'elles ont changé dans le passé (e.g., Graeber and Wengrow 2021).

Le profil recherché

En pratique, ce travail nécessitera de la recherche bibliographique et de la modélisation (sous le cadre formel EDEN déjà opérationnel). On cherche donc des historien.ne.s intéressé.e.s par la modélisation, ou des modélisat.eur.rice.s intéressé.e.s par l'histoire des origines. Toutefois, aucune discipline ne sera a priori écartée des candidatures, tant un.e anthropologue ou un.e économiste pourrait être intéressé.e par le sujet.

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