Thèse Déterminants Socio-Écologiques de la Santé Menstruelle chez les Femmes Vivant en Occitanie H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- Montpellier - 34
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Montpellier École doctorale : GAIA - Biodiversité, Agriculture, Alimentation, Environnement, Terre, Eau Laboratoire de recherche : ISEM - Institut des Sciences de l'Evolution -Montpellier Direction de la thèse : Alexandra ALVERGNE ORCID 0000000231519919 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-07T23:59:59 L'objectif de ce projet est d'étudier les déterminants sociaux et écologiques de la santé menstruelle dans des contextes non cliniques. Les cycles menstruels sont considérés comme un indicateur vital de la santé féminine, étant associés au développement de diverses maladies chroniques. Bien que les causes physiologiques des troubles menstruels soient bien étudiées, les déterminants socioécologiques des variations des paramètres du cycle menstruel (durée du cycle, durée des règles, régularité du cycle, flux menstruel) restent mal compris, limitant notre capacité à comprendre les facteurs environnementaux des troubles menstruels.
Ce projet étudiera l'influence des inégalités socio-économiques et environnementales sur les cycles menstruels des femmes en Occitanie. Nous formulons l'hypothèse que la variation des troubles menstruels résulte de la flexibilité évolutive de la fonction reproductive face aux défis socio-écologiques. Les facteurs sociaux et environnementaux auraient des effets distincts : la précarité socio-économique accélérerait l'investissement métabolique dans la fonction reproductive, tandis que les polluants environnementaux perturberaient le cycle menstruel compromettant la fertilité.
Ce projet, financé par l'ANR, en collaboration avec le CHU de Montpellier, caractérisera les variations des cycles menstruels dans des environnements contrastés (rural/urbain, défavorisé/favorisé). Il combinera biomarqueurs physiologiques et approche exposomique pour améliorer notre compréhension des déterminants environnementaux de la santé féminine. Les objectifs sont : (i) collecter des données détaillées sur les paramètres du cycle menstruel dans diverses socio-écologies; (ii) évaluer les effets des inégalités sociales et environnementales sur les paramètres menstruels; (iii) évaluer les influences socio-écologiques sur la physiologie menstruelle. Cette recherche, approuvée par le CPP, contribuera à un nouveau cadre pour comprendre les troubles menstruels en révélant l'architecture environnementale des cycles menstruels. Jusqu'à récemment, les connaissances sur la santé féminine étaient limitées en comparaison de celles sur la santé masculine. Aux États-Unis par exemple, les femmes n'étaient généralement pas incluses dans les essais cliniques jusqu'en 1993, lorsque la loi de revitalisation du National Institute of Health (NIH) a été adoptée pour inclure les femmes et les minorités dans la recherche financée par le NIH. De plus, ce n'est qu'en 2010 qu'il a été révélé qu'il existait un biais fort et répandu en faveur des mâles dans les études animales également (Wald & Wu, 2010). Bien que la santé féminine soit mieux comprise qu'auparavant, les inégalités entre les sexes et les genres dans les soins de santé persistent : les femmes ne sont pas systématiquement incluses dans les essais et la recherche sur les femmes s'est concentrée sur une section limitée de la société occidentale, conduisant à une compréhension limitée de la façon dont la santé varie parmi les femmes de différentes classes sociales, ethnies et pays. La recherche biaisée par le sexe est problématique car elle ne tient pas compte du fait que les femmes et les hommes diffèrent dans la façon dont ils développent des maladies et répondent aux thérapies (Klein, 2016). Ce projet contribuera à combler l'écart entre les sexes dans la recherche sur la santé en produisant de nouvelles connaissances sur les déterminants socio-écologiques des cycles menstruels. Aujourd'hui plus que jamais, comme l'illustrent les récentes préoccupations concernant le manque de données sur les vaccins et les cycles menstruels, la recherche est cruciale pour comprendre l'impact des cycles menstruels sur la santé (Johnson, 2014; Mazure, 2015). Des preuves de plus en plus nombreuses suggèrent que la santé menstruelle est un indicateur clé de la santé des femmes (ACOG, 2015; Harris et al., 2017; Solomon et al. 2001, 2013). D'une part, des conditions reproductives telles que l'infertilité et le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) sont associées à l'anovulation, à des cycles irréguliers et longs, et signaler avoir des cycles irréguliers est associé aux maladies cardiovasculaires et au diabète. Dans une étude de cohorte prospective de 82 439 infirmières suivies pendant 14 ans, les femmes déclarant des cycles habituellement irréguliers ou très irréguliers présentaient un risque accru de maladie coronarienne, et de même, les femmes ayant des antécédents d'irrégularité menstruelle avaient un risque deux fois plus élevé de développer un diabète de type 2 dans une cohorte suivie sur 15 ans (Solomon et al. 2001, 2013). D'autre part, il est maintenant reconnu que les cycles menstruels sont très variables (Vitzthum, 2009). Selon les directives de la Fédération internationale de gynécologie (FIGO), un cycle durant de 24 à 38 jours est considéré comme normal, tout comme une durée de règles allant jusqu'à 8 jours. La variation des paramètres du cycle menstruel peut être une caractéristique normale de la physiologie des femmes et, dans cette optique, des études utilisant des données provenant soit de populations traditionnelles, soit d'applications mobiles pour le suivi menstruel ont montré une variation considérable entre les cycles, les femmes et les populations. Quelle est la cause de cette variation ? Les études sur les jumeaux suggèrent fortement que l'environnement est le facteur le plus important pour l'intégrité et la régularité du flux menstruel, mais la recherche sur les déterminants environnementaux sous-jacents à la physiologie et à la santé menstruelle est limitée. Les objectifs sont triples : (i) produire un ensemble de données détaillées sur les caractéristiques cliniquement pertinentes du cycle
menstruel (durée du cycle, durée des règles, régularité du cycle, flux menstruel) et les marqueurs physiologiques (profils d'hormones
reproductives, niveaux d'inflammation) à travers différents environnements en échantillonnant des populations variant dans leurs socioécologies
(zones urbaines vs. rurales, groupes socio-économiques élevés vs. faibles) ; (ii) identifier les facteurs environnementaux
indépendamment associés aux niveaux de progestérone en phase lutéale moyenne en utilisant une analyse d'association à l'échelle de
l'environnement (EnWAS) ; (iii) cartographier l'architecture environnementale de la santé menstruelle en reliant les facteurs
environnementaux identifiés comme étant indépendamment associés aux niveaux de progestérone en phase lutéale moyenne à tous les
paramètres menstruels et biomarqueurs recueillis dans l'étude. Ce projet a obtenu l'autorisation du CPP. L'étude est menée selon les Bonnes Pratiques Cliniques et avec un consentement éclairé des participants. Il s'agit d'une étude observationnelle, transversale et longitudinale. Des participantes en bonne santé (18-39 ans) sont actuellement recrutées dans
des zones urbaines et rurales de l'Occitanie, réparties entre groupes socio-économiques élevés et faibles. Le recrutement se fera via des annonces locales et en ligne. Les critères d'inclusion cibleront des femmes en âge de procréer, n'utilisant pas de contraception hormonale, avec des cycles menstruels relativement réguliers (21-45 jours), sans antécédents de diabète ou d'infertilité. L'échantillon visé est de 320 femmes (80 par groupe socio-écologique).
Les données collectées incluront:
Informations socio-démographiques
Journaux menstruels électroniques
Mesures d'activité physique par accéléromètre
Biomarqueurs (progestérone, oestradiol, CRP) via des échantillons de salive et de sang séché
Données exposomiques (pollution, biodiversité, bruit, qualité de l'eau, etc.)
Les données biologiques seront analysées au sein de notre laboratoire (ISEM). Les données exposomiques seront extraites par nos collaborateurs au CHU. L'analyse statistique des données combinera des tests statistiques classiques avec des approches d'association à l'échelle de l'environnement (EnWAS) pour identifier les associations indépendantes entre les variables d'exposition et les paramètres du cycle menstruel, révélant ainsi l'architecture environnementale des cycles menstruels.
Le profil recherché
Bonne culture générale en biologie évolutive humaine et en écologie de la reproduction.
Expérience de terrain et d'analyses en laboratoire.
Bonne pratique des statistiques et du logiciel R.