Thèse la Construction Sociale du Marché de la Montre en France au Xxe Siècle H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- Paris - 75
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université Paris-Saclay GS Sociologie et Science Politique
École doctorale : Sciences Sociales et Humanités
Laboratoire de recherche : Institutions et Dynamiques Historiques de l'Economie et de la Société
Direction de la thèse : Florent LE BOT ORCID 0000000291075184
Début de la thèse : 2026-10-01
Date limite de candidature : 2026-05-07T23:59:59
Comment la montre-bracelet est-elle devenue un objet de consommation courante ?
La construction sociale du marché de la montre en France au XXe siècle invite à analyser ce marché non comme une réalité donnée, mais comme le produit de dynamiques historiques, économiques et sociales situées. Il s'agit de comprendre comment il se constitue, se transforme et se reconfigure au fil du siècle, en lien étroit avec les grandes mutations de l'économie : industrialisation, guerres, crises, croissance et recompositions productives, y compris territoriales.
Dans cette perspective, le marché apparaît comme le résultat d'interactions entre entreprises, État, réseaux commerciaux et consommateurs, mais ces interactions ne prennent sens que replacées dans des configurations historiques précises. Ce processus s'ancre dans des territoires productifs comme Besançon et l'Arc jurassien, où se combinent traditions horlogères, institutions de formation et dispositifs techniques. Ces espaces façonnent les conditions de production, les qualifications et les formes d'organisation industrielle, tout en étant insérés dans des circulations internationales, notamment avec la Suisse.
La Grande Guerre constitue un moment décisif. Elle accélère la rationalisation productive, favorise la mécanisation et inscrit l'horlogerie dans une économie de guerre qui transforme les usages de la montre. La diffusion de la montre-bracelet, notamment dans les opérations militaires, contribue à redéfinir l'objet : d'instrument technique spécialisé, elle devient progressivement un objet socialement diffusé. Dès lors, la guerre apparaît moins comme une parenthèse que comme un moment structurant dans la formation du marché.
L'entre-deux-guerres prolonge et complexifie ces dynamiques. À la fois laboratoire d'innovations et période de fragilité, marquée par la concurrence internationale et la crise des années 1930, elle conduit les entreprises à adapter leurs productions et leurs organisations. Dans le même temps, l'État et les organisations professionnelles cherchent à structurer le secteur. Mais ces tentatives stabilisent-elles réellement le marché ou en révèlent-elles les limites ?
La Seconde Guerre mondiale introduit une nouvelle rupture, en reconfigurant les systèmes productifs et en renforçant l'intervention de l'État. L'horlogerie est partiellement intégrée à l'économie de guerre, ce qui transforme les produits, les techniques et les relations entre entreprises et pouvoirs publics.
C'est toutefois l'après-1945 qui marque une inflexion décisive. Dans le contexte de la croissance, la montre-bracelet devient un bien de consommation de plus en plus courant. Cette diffusion repose sur des transformations productives majeures : standardisation, hausse des volumes, adaptation à une demande élargie. Elle s'inscrit dans des politiques économiques et sociales favorisant la consommation de masse. Faut-il y voir l'aboutissement d'un processus engagé dès le début du siècle ou une reconfiguration plus profonde des logiques du marché ?
Ces évolutions sont indissociables de transformations sociales et culturelles. La montre participe à l'intériorisation de nouveaux rapports au temps, liés à la salarisation et à la discipline industrielle, tout en restant un objet de distinction. Elle peut aussi être investie de significations mémorielles et patrimoniales.
Enfin, les années 1970 introduisent une rupture majeure. La crise économique, les recompositions industrielles et les transformations technologiques fragilisent les équilibres construits précédemment. Le marché apparaît alors comme un espace en tension, traversé par des recompositions rapides.
Ainsi, la montre-bracelet ne devient un objet de consommation courante qu'au terme d'un processus, à la croisée des transformations productives, de l'action de l'État, des dynamiques territoriales et des usages sociaux. Comment un objet technique devient-il progressivement un bien ordinaire à l'échelle de toute une société ?
Laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l'économie et de la société, UMR CNRS 8533
Thèse de doctorat
Le profil recherché
Détenteur d'un master d'histoire en histoire économique contemporaine