Recrutement Doctorat.Gouv.Fr

Thèse Éducation au Changement Climatique Citoyenneté et Comportements Environnementaux Évaluation des Politiques Éducatives en Milieu Scolaire et Inégalités Sociales H/F - Doctorat.Gouv.Fr

  • Montpellier - 34
  • CDD
  • Doctorat.Gouv.Fr
Publié le 7 avril 2026
Postuler sur le site du recruteur

Les missions du poste

Établissement : Université de Montpellier École doctorale : EDEG - Economie Gestion Laboratoire de recherche : CEE-M - CENTRE D'ÉCONOMIE DE L'ENVIRONNEMENT Direction de la thèse : Emmanuelle LAVAINE ORCID 0000000276925355 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-23T23:59:59 Le changement climatique constitue un défi majeur pour les sociétés contemporaines, impliquant des transformations profondes des comportements individuels et collectifs. L'éducation est souvent présentée comme un levier central pour favoriser la transition écologique, en développant les connaissances, les attitudes et les compétences nécessaires à l'action. Cependant, la littérature met en évidence un écart persistant entre les connaissances environnementales et les comportements effectifs, suggérant que les approches éducatives centrées uniquement sur la transmission d'information sont insuffisantes pour induire des changements durables. Dans ce contexte, il apparaît nécessaire de mieux comprendre dans quelle mesure l'éducation au changement climatique peut contribuer à la formation de citoyens informés, critiques et engagés, capables de transformer leurs intentions en actions, tout en tenant compte des inégalités sociales.

Cette thèse vise à analyser les effets de l'éducation au changement climatique sur les comportements environnementaux, les compétences civiques et sociales, ainsi que sur les inégalités entre élèves. Elle s'inscrit dans une approche combinant analyses descriptives à grande échelle et évaluations causales rigoureuses de politiques éducatives.

Un premier axe reposera sur l'exploitation de bases de données internationales telles que PISA 2022, TIMSS 2023 et ICCS 2022, qui intègrent des modules relatifs aux compétences environnementales, à la citoyenneté et aux attitudes face aux enjeux climatiques. Cette étape permettra de caractériser la mesure et la distribution de ces compétences entre pays, ainsi que les inégalités au sein des systèmes éducatifs, notamment selon l'origine sociale des élèves. Elle visera également à analyser les liens entre ces compétences, certaines pratiques pédagogiques et des facteurs institutionnels. Bien que ces données ne permettent pas une identification causale stricte, des analyses économétriques exploratoires permettront de mettre en évidence des corrélations suggestives et de formuler des hypothèses sur les mécanismes en jeu.

Un second axe reposera sur l'évaluation expérimentale d'un programme d'éducation au changement climatique à grande échelle, dans le cadre du projet CLIMASCO. En collaboration avec des partenaires institutionnels, cette intervention sera mise en oeuvre selon un protocole randomisé, permettant d'identifier de manière causale les effets de différents dispositifs pédagogiques sur un ensemble d'indicateurs relatifs aux connaissances, aux attitudes, aux compétences et à l'engagement des élèves. Les données collectées combineront des enquêtes quantitatives avant et après intervention, des données administratives et des approches qualitatives visant à éclairer les mécanismes d'impact. Une attention particulière sera portée aux effets différenciés selon les milieux sociaux, afin d'évaluer si ces politiques contribuent à réduire ou à renforcer les inégalités.

Un troisième axe explorera des dispositifs innovants visant à renforcer l'agentivité et l'engagement climatique, notamment à travers des outils pédagogiques interactifs et des technologies numériques. Ces dispositifs seront co-construits avec des acteurs publics et feront l'objet d'évaluations expérimentales, en milieu scolaire et auprès d'agents publics. L'analyse portera notamment sur la capacité des individus à faire face à la désinformation, à développer un sentiment d'efficacité individuelle et collective, et à s'engager dans des actions concrètes en faveur de l'environnement.

Dans son ensemble, ce projet de thèse vise à contribuer à la littérature sur l'économie de l'éducation et de l'environnement en apportant des éléments empiriques nouveaux sur les conditions dans lesquelles l'éducation peut favoriser le passage de l'information à l'action, tout en réduisant les inégalités sociales face aux enjeux climatiques. Le changement climatique constitue aujourd'hui un défi majeur pour les générations futures, tant par l'intensification de ses effets que par les transformations profondes qu'il implique pour les sociétés. Sans action décisive, un enfant né en 2020 sera exposé à un nombre d'événements climatiques extrêmes sept fois supérieur à celui d'un enfant né en 1960 (Thiery et al., 2021). La littérature souligne le rôle clé de l'enfance dans la formation des préférences environnementales et civiques. Les enfants présentent une connexion plus spontanée à la nature (Kellert & Wilson, 1993) et des préférences prosociales plus marquées (Fehr et al., 2013 ; Sutter et al., 2019), qui favorisent l'adoption de comportements pro-environnementaux. Ces dispositions étant malléables, certaines interventions éducatives peuvent renforcer la coopération et l'altruisme (Bettinger & Slonim, 2006 ; Kosse et al., 2020). L'éducation à l'environnement apparaît ainsi comme un levier pour développer l'agentivité et la prise en compte de l'intérêt collectif.
Cependant, les travaux empiriques mettent en évidence un décalage persistant entre les connaissances, les attitudes et les comportements effectifs. Les programmes éducatifs existants dans les pays à hauts revenus reposent majoritairement sur une approche centrée sur l'information, visant à transmettre des connaissances sur les causes et les conséquences du changement climatique ainsi qu'à encourager la réduction des émissions (Bottin et al., 2023). Si ces dispositifs permettent d'améliorer les connaissances des élèves, ils ne conduisent pas nécessairement à des changements comportementaux durables (Dijkstra & Goedhart, 2012 ; Brownlee et al., 2013). À ce jour, il existe peu de preuve scientifique robuste permettant d'identifier des leviers pédagogiques assurant une transformation systématique des intentions en actions (Cordero et al., 2020 ; Monroe et al., 2019 ; Bottin et al., 2023 ; Bhattacharya et al., 2021). Ce décalage se retrouve également au niveau agrégé, puisqu'une large majorité d'individus considère le changement climatique comme un problème grave, tandis qu'une faible proportion adopte effectivement des comportements pro-environnementaux (Bezin, 2015).
Plusieurs mécanismes peuvent expliquer cet écart. Les comportements environnementaux impliquent souvent des coûts individuels, et leur adoption dépend en partie des préférences sociales et de l'altruisme des individus (Steg & Vlek, 2009 ; Schultz et al., 2005). Ces comportements sont également influencés par les normes sociales, à travers des mécanismes d'approbation ou de sanction (Holländer, 1990 ; Farrow et al., 2017). Par ailleurs, l'action collective en faveur de l'environnement se heurte à des problèmes de coordination et de passager clandestin (Olson, 1965), ce qui peut limiter l'engagement individuel. Dans ce contexte, le niveau de capital civique joue un rôle central, en facilitant la coopération et en renforçant la capacité des individus à influencer les politiques publiques (Battaglini, 2017 ; Passarelli & Tabellini, 2017 ; Chenoweth et al., 2022).
Certaines approches éducatives peuvent produire des effets contre-productifs en générant de l'éco-anxiété chez les élèves, notamment lorsqu'elles insistent sur les conséquences négatives du changement climatique (Wang & Chen, 2022). Cette anxiété peut entraîner des mécanismes de défense tels que la minimisation, l'évitement ou le déni, limitant l'engagement individuel (Ojala, 2012). Par ailleurs, malgré une littérature croissante, le champ reste marqué par un manque d'évaluations empiriques rigoureuses, avec des résultats hétérogènes et souvent peu généralisables (Thiery et al., 2021). Les enquêtes internationales soulignent en outre un faible niveau de littératie climatique et de fortes inégalités sociales d'apprentissage (Monroe et al., 2019 ; Bottin et al., 2023 ; Bhattacharya et al., 2021). Ces constats plaident pour une approche éducative dépassant la simple transmission de connaissances, en intégrant l'esprit critique, la citoyenneté et l'agentivité, afin de former des individus capables de comprendre, d'agir et de s'engager collectivement face aux enjeux environnementaux.
L'objectif général de cette thèse est d'analyser dans quelle mesure l'éducation au changement climatique peut contribuer à la formation des compétences civiques et sociales des jeunes et favoriser en particulier l'adoption de comportements environnementaux, tout en tenant compte des inégalités sociales. Il s'agit en particulier de comprendre si les politiques éducatives sont à même de constituer des leviers de réduction des inégalités ou, au contraire, s'ils en reproduisent certaines dimensions.

Un premier axe de recherche reposera sur l'exploitation de bases de données internationales de grande ampleur telles que PISA 2022, TIMSS 2023 et ICCS 2022, qui intègrent désormais des modules relatifs aux compétences environnementales, à la citoyenneté et aux attitudes face aux enjeux climatiques. Cette première étape, à dominante descriptive, visera à caractériser la manière dont les compétences environnementales sont mesurées, à analyser leur distribution entre pays et à étudier les inégalités au sein des systèmes éducatifs, notamment selon l'origine sociale des élèves. Une attention particulière sera portée aux liens entre ces compétences et certaines pratiques pédagogiques, ainsi qu'à d'autres facteurs institutionnels ou contextuels. Bien que ces données ne permettent pas une identification causale stricte, des approches économétriques exploratoires permettront de mettre en évidence des corrélations suggestives et de formuler des hypothèses sur les mécanismes en jeu.
Un second axe reposera sur l'évaluation expérimentale d'un programme d'éducation au changement climatique à grande échelle dans le cadre du projet CLIMASCO, coordonné par l'Office for Climate Education (OCE) avec le soutien financier de la Banque des Territoires - Caisse des dépôts et en partenariat avec Réseau Canopé, les Académies de Créteil, La Réunion et Rennes, la Fondation La Main à la pâte et le programme IDEE, qui vise à déployer et tester des modules de formation à l'éducation au changement climatique auprès des personnels éducatifs. Cette intervention constitue une opportunité unique de mener une évaluation d'impact rigoureuse, fondée sur un protocole expérimental randomisé. Les établissements scolaires seront assignés aléatoirement à un groupe traitement ou à un groupe contrôle, ce qui permettra d'identifier l'effet causal des dispositifs pédagogiques sur un ensemble d'indicateurs relatifs aux connaissances, aux attitudes, aux compétences et à l'engagement des élèves. Les données collectées combineront des enquêtes quantitatives pré- et post-intervention, des données administratives issues de la DEPP et des approches qualitatives permettant d'éclairer les mécanismes d'impact. Cette analyse permettra notamment d'évaluer dans quelle mesure ces dispositifs contribuent à renforcer l'esprit critique face à la désinformation, le sentiment d'agentivité et l'engagement citoyen, notamment en matière d'environnement, ainsi que d'identifier leurs effets différenciés selon les milieux sociaux.
Un troisième axe s'inscrira dans un projet mené en partenariat avec des acteurs publics (Ministère de la Transition Ecologique et la Direction Interminiterielle de la Transformation Publique), visant à concevoir et évaluer des dispositifs favorisant l'engagement climatique et l'agentivité, à la fois chez les jeunes et chez les agents de l'État. Dans un premier temps, des activités co-construites avec des jeunes viseront à développer leur capacité d'action et leur engagement, notamment à travers des outils pédagogiques interactifs tels que des simulations de négociation climatique ou des projets collectifs. Ces dispositifs seront ensuite testés à l'aide d'essais contrôlés randomisés en milieu scolaire, permettant d'identifier les leviers socio-cognitifs favorisant l'action et la mobilisation. L'analyse portera sur un ensemble d'indicateurs incluant les pratiques informationnelles, la capacité à distinguer information fiable et désinformation, le sentiment d'efficacité individuelle et collective, ainsi que les comportements d'engagement concret. Dans un second temps, ces résultats seront mobilisés pour concevoir et évaluer un dispositif numérique destiné aux agents publics, reposant notamment sur des outils de type agent conversationnel. Ce dispositif fera l'objet d'une évaluation expérimentale en ligne, permettant de mesurer son impact sur les connaissances climatiques, la capacité à faire face à la désinformation, les compétences communicationnelles et le sentiment d'agentivité professionnelle. L'ensemble de ces analyses permettra d'explorer les complémentarités entre éducation formelle, dispositifs pédagogiques innovants et outils numériques, ainsi que leur capacité à renforcer l'efficacité des politiques publiques de transition écologique.
Cette thèse pourra également, le cas échéant, s'appuyer sur des analyses secondaires de bases de données issues de projets expérimentaux déjà réalisés, afin d'approfondir certains mécanismes complémentaires. En particulier, l'exploitation de données du projet ACT (Briole et al., 2025) permettra d'analyser le rôle des interactions sociales et des effets de pairs dans la participation des jeunes à des formes d'engagement environnemental, notamment dans le cadre de la participation au mouvement Youth for Climate du 15 mars 2019.
Dans son ensemble, ce projet de thèse s'articulera autour d'une approche intégrée combinant analyses descriptives à grande échelle et évaluations causales rigoureuses. Il vise à mieux comprendre les conditions dans lesquelles l'éducation peut contribuer à la formation de citoyens informés, critiques et engagés, tout en réduisant les inégalités sociales face aux enjeux environnementaux et en favorisant le passage de l'information à l'action.

Le profil recherché

Le ou la candidat·e devra être titulaire d'un master en économie, économétrie, sciences sociales quantitatives ou disciplines connexes. Une solide formation en méthodes quantitatives est attendue, incluant la maîtrise des techniques économétriques et une bonne connaissance des méthodes d'évaluation des politiques publiques, en particulier des approches expérimentales et quasi-expérimentales. Une expérience en analyse de données est requise, ainsi qu'une maîtrise d'au moins un logiciel de traitement statistique (Stata, R ou Python). Des compétences en gestion et traitement de bases de données de grande taille constitueront un atout. Une familiarité avec l'analyse de données issues d'enquêtes internationales (type PISA, TIMSS ou ICCS) ou avec la conduite d'expérimentations de terrain sera particulièrement appréciée. Le ou la candidat·e devra également faire preuve d'un fort intérêt pour les thématiques liées à l'éducation, aux inégalités sociales et aux enjeux environnementaux. Des compétences rédactionnelles solides en français et en anglais sont attendues, ainsi qu'une capacité à travailler en équipe dans un environnement de recherche collaboratif impliquant des partenaires institutionnels. Enfin, des qualités d'autonomie, de rigueur et d'organisation seront essentielles pour mener à bien un projet de recherche combinant analyses quantitatives, travail de terrain et interactions avec des acteurs éducatifs et publics.

Postuler sur le site du recruteur

Ces offres pourraient aussi vous correspondre.