Thèse Donner Corps à la Marchandise. Mannequins d'Exposition et Culture Visuelle de la Seconde Modernité 1860-1960 H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- Tours - 37
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Tours
École doctorale : Humanités et Langues - H&L
Laboratoire de recherche : Interactions, Transferts, Ruptures artistiques et culturelles
Direction de la thèse : Pauline CHEVALIER ORCID 0009000893758932
Début de la thèse : 2026-10-01
Date limite de candidature : 2026-05-08T23:59:59
Les XIXe et XXe s. sont le théâtre du développement de la florissante industrie des mannequins d'exposition en cire, en bois et autres matériaux, témoins d'une intense expérimentation technique. À mesure que la Haute Couture acquiert ses lettres de noblesse, il devient nécessaire de créer des dispositifs d'exposition susceptibles de séduire la clientèle : les lieux d'exposition se multiplient, à commencer par les Grands Magasins. Se structure alors de manière significative le secteur de l'étalagisme, qui revendique le caractère technique et artistique de sa pratique. Dans ce contexte, l'instrument premier des artistes-décorateurs est sans conteste le mannequin d'exposition dont l'histoire reste à faire.
Le sujet proposé s'inscrit dans un champ nouveau entre histoire de l'art, histoire de la mode et anthropologie : il s'agira de saisir non seulement l'histoire esthétique et technique des mannequins d'exposition, mais aussi de proposer une analyse inédite de leur place dans la culture visuelle de la seconde modernité (1860-1960). Ces mannequins, créés par des artistes formés initialement aux Beaux-Arts et simultanément mis en scène dans les revues de mode, d'arts décoratifs, et de presse féminine, ont séduit leurs contemporains et attisé les intérêts des consommateurs, artistes, et intellectuels durant les premières années du XXe siècle. Supports corporels du vêtement, ces figures nécessitent une attention particulière pour valoriser les pièces et guider le regard du consommateur : ainsi, les mannequins se complexifient, tant sur le plan technique que sur le plan esthétique. Les fabricants, comme Siégel et Stockman, ou encore son concurrent direct Pierre Imans, rivalisent d'inventivité pour séduire les maisons de mode. Les photographes, comme E. Atget ou G. Krull, s'emparent du sujet. Qu'il suscite l'admiration, le désir, l'envie du vêtement ou la suspicion d'humanité, le mannequin participe à la fabrication esthétique, sociale et symbolique des corps modernes en formulant des normes inscrites dans la cire.
Le travail doctoral pourra se déployer en plusieurs étapes, en relation avec les institutions concernées. Il conviendra d'abord de dépouiller une grande variété d'archives issues des producteurs de mannequins, ainsi que leurs catalogues commerciaux. Ce sont en outre les magazines de la presse professionnelle qui constituent le coeur du corpus, puisque souvent publiés par les fabricants eux-mêmes. Ceux-ci orchestrent une iconographie de l'illusion qui doit autant à l'histoire de l'art qu'à l'histoire de la mode.
La suite du travail devra chercher à contextualiser cette production en plein essor à partir de la fin du XIXe siècle, en revenant sur l'histoire des mannequins de cire et des mannequins d'artistes (J. Munro, 2015) jusqu'aux premiers musées de mode qui inscrivent ces évolutions dans une histoire de la muséographie. Il pourra être pertinent d'explorer les parcours artistiques des producteurs et le rôle tenu par l'apprentissage de la sculpture, les expériences d'atelier et la circulation des modèles : il s'agira notamment de saisir une histoire des représentations conjointement à une histoire du corps pour comprendre comment les mannequins d'exposition proposent une esthétique et des normes corporelles en partie redevable aux évolutions artistiques modernes. Les travaux associant histoire de l'art et histoire du corps n'ont jamais abordé ces objets-frontières que sont les mannequins, alors même qu'ils permettent de saisir la circulation d'une culture visuelle du corps, des normes et du goût entre pratiques artistiques et pratiques marchandes. Ce sujet de thèse propose ainsi de considérer le mannequin non seulement comme un dispositif marchand, mais aussi comme un acteur symbolique et matériel de la culture visuelle de la seconde modernité, comme une archives des corps, entre histoire de l'art, histoire de la mode et histoire des corps dans l'espace urbain.
Le sujet proposé s'inscrit dans un champ d'étude entre histoire de la mode et histoire de l'art, très dynamique depuis plusieurs années et qui s'intéresse notamment aux formes de représentation du corps (en mouvement) dans l'espace urbain. Il s'agit aussi d'un sujet valorisant les partenariats indispensables pour l'histoire de l'art entre musée et université.
La publication de la thèse viendra combler un manque marquant dans l'historiographie tout en ancrant les activités du laboratoire dans le champ muséal.
Le sujet nécessite de déployer une véritable enquête au sein de nombreuses archives publiques et privées, tout en analysant très précisément les parcours des principaux fabricants de mannequins.
Les archives photographiques et la presse constituent également des sources majeures, dont certaines restent à identifier.
Le profil recherché
De solides compétences pour le dépouillement des archives seront nécessaires.
Un profil interdisciplinaire, entre archives et histoire de l'art.