Thèse Épidémiologie des Syndromes Gériatriques en France Évolutions Temporelles Inégalités Sociales et Territoriales Déterminants et Contribution à la Perte d'Autonomie et à la Mortalité H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- Paris - 75
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université Paris-Est Créteil
École doctorale : Santé Publique
Laboratoire de recherche : IMRB - Institut Mondor de Recherche Biomédicale
Direction de la thèse : Florence CANOUI-POITRINE ORCID 0000000199706051
Début de la thèse : 2026-10-01
Date limite de candidature : 2026-05-08T23:59:59
Contexte : Les évènements qualifiés de « Syndromes Gériatriques » (SG - chutes, déshydratation, dénutrition, syndrome confusionnel, dépression, escarres...) partagent des déterminants communs, notamment l'accumulation de maladies chroniques, des altérations physiologiques liées au vieillissement et des stress environnementaux. Ils constituent des points de bascule dans les trajectoires de santé, associés à un risque accru de perte d'autonomie, d'institutionnalisation et de décès. Bien que souvent évitables ou réversibles, leur épidémiologie reste insuffisamment documentée à l'échelle nationale en France. Mieux comprendre la dynamique de ces syndromes est un préalable indispensable pour modéliser les trajectoires de vieillissement pathologique et affiner les stratégies de prévention et de prise en charge ciblées.
Objectifs : La thèse porte sur la population âgée de 65 ans et plus résidant en France (hors Mayotte) avec trois axes de recherche : 1) Décrire l'incidence et l'évolution temporelle des SG sur une période de 15 ans (2010-2025), en intégrant une analyse des disparités sociales et territoriales ; 2) Etudier les relations entre fragilité, maladies chroniques et survenue des syndromes gériatriques, en analysant leurs effets propres, cumulés et leurs potentielles interactions; 3) Quantifier l'association entre chaque SG et le risque de perte d'autonomie majeure (institutionnalisation) ou de décès à 12 mois.
Méthodes : Les sujets hospitalisés pour les principaux SG (chutes et lésions, dénutrition, déshydratation, syndrome confusionnel, dépression, escarres et incontinence) seront identifiés dans le Système national des données de santé (SNDS) via des algorithmes déjà mis au point et testés. L'évolution des taux d'incidence (2010-2025) sera analysée par des modèles de régression de Poisson et des approches de type joinpoint regression pour identifier d'éventuelles ruptures de tendance (notamment liées au COVID-19). Une approche écologique sera mobilisée pour analyser les disparités territoriales (échelle départementale) et sociales (indice FDep). L'étude des interactions entre SG, fragilité (critères de Fried) et comorbidités s'appuiera sur l'appariement inédit entre le SNDS et l'enquête Autonomie 2022 de la DREES. Enfin, l'impact pronostique sur la mortalité et l'institutionnalisation (proxy de la dépendance) sera évalué par des modèles de Cox ou de survie à risques compétitifs.
Perspectives : Ce projet vise une actualisation majeure des connaissances épidémiologiques sur les syndromes gériatriques en France avec une caractérisation fine des dynamiques temporelles et des inégalités sociales et territoriales. Globalement, il permettra de mieux connaitre l'état de santé de la population âgée dans toutes ses dimensions et permettra d'identifier si certains SG agissent comme des 'sentinelles' permettant de prédire l'entrée dans la dépendance avant que celle-ci ne soit irréversible. Ces résultats offriront une base scientifique pour la conception de systèmes d'alerte précoce et permettront de hiérarchiser les interventions de prévention selon leur impact potentiel sur le maintien à domicile et la résilience du système de soins.
Les « syndromes gériatriques » (SG) regroupent un ensemble d'évènements adverses de santé fréquents dont la prévalence augmente avec l'âge. Ils incluent notamment la/les chute(s) et leur(s) lésion(s) consécutives, le syndrome confusionnel, la dénutrition, la déshydratation, l'incontinence, l'(es) escarre(s) et l'(es) épisode(s) dépressif(s) (1). Ces syndromes ne constituent pas des pathologies isolées mais résultent d'interactions complexes entre maladies chroniques, altérations physiologiques liées au vieillissement et stress environnementaux ou lié à la survenue d'une pathologie aigüe (eg infection...) ou du traitement d'une pathologie (intervention chirurgicale, cancer...) (2-11).
Les SG traduisent une vulnérabilité sous-jacente, liée à un phénotype de fragilité, et/ou une multimorbidité (12-18). Ils constituent souvent des points de bascule dans les trajectoires de santé des personnes âgées, en raison de leur association avec une altération de la qualité de vie (19-21), un risque accru de perte d'autonomie, d'institutionnalisation et de décès (20, 22-32). Pourtant, leur caractère souvent évitable, repérable précocement et, dans une certaine mesure, réversible grâce à des interventions multidimensionnelles (médecins généralistes, gériatres, kinésithérapeutes, psychologues, diététiciens, infirmiers...) en fait des « signaux d'alarme » cruciaux pour la prévention en santé publique et l'organisation du parcours de soins (3).
Alors que la littérature internationale suggère une augmentation des SG (6, 33-36), leur épidémiologie reste insuffisamment documentée en France à l'échelle nationale. Les travaux français existants se sont soit limités à des populations spécifiques (notamment via l'étude du diabète (11, 37)), soit à des échelles géographiques restreintes. Une étude menée chez 630 personnes âgées de 75 ans et plus en région bordelaise a montré l'importance des SG comme manifestation du vieillissement, parfois davantage que celle des maladies chroniques elles-mêmes (2, 38). Dans cette population, la prévalence atteignait 43 % pour les chutes, 12 % pour l'incontinence, et 8 % pour l'isolement social et la maigreur (38). Cependant, la spécificité locale et l'âge des populations étudiées limitent la généralisation de ces constats à la population française.
A ce jour, la seule étude en population générale a été réalisée à notre connaissance à l'occasion de la première vague d'infections par le SARS-CoV-2 en 2020 par Torres et al. (39). Cette étude, basée sur les données du Système national des données de santé (SNDS), a permis de donner un aperçu du fardeau majeur des SG pour le système de santé et le secteur médico-social. En 2019, chez les personnes âgées de 65 ans et plus, environ 364 000 hospitalisations pour chutes et lésions ont été recensées, dont 46 270 pour fracture du col du fémur ; 24 480 pour syndrome confusionnel ; 17 440 pour dénutrition ; 3 630 pour déshydratation ; et 7 000 pour escarres. Les chutes représentent par ailleurs la première cause d'années de vie perdues en raison d'un décès prématuré ou d'années vécues avec une incapacité en France selon le Global Burden of Disease (GBD) (4). En France, leur coût de prise en charge a été estimé à près de deux milliards d'euros par an par la Cour des comptes (40). Enfin, en 2016, parmi les personnes âgées de 65 ans et plus, 27 600 décès étaient liés à la dénutrition, 23 000 aux chutes et lésions, 10 100 à la déshydratation et 5 290 aux escarres (39). Ces données soulignent l'ampleur du phénomène, mais la dynamique temporelle de long terme, les déterminants sociaux et territoriaux des SG, ainsi que leur rôle dans les trajectoires conduisant à la dépendance, restent encore insuffisamment explorés.
Dans un contexte de transition démographique marqué par l'augmentation du nombre de personnes âgées et très âgées, les projections de l'INSEE (41) indiquent que la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus devrait passer de 21 % (14 millions) en 2021 à 26 % (18,3 millions) en 2040. Cette dynamique, portée essentiellement par la hausse des 75 ans et plus, fait de la compréhension fine de la survenue des SG, de leurs déterminants et de leurs conséquences un enjeu central pour la Santé publique. Ce projet s'inscrit dans les priorités nationales relatives à la prévention de la perte d'autonomie, s'alignant tant sur la loi du 8 avril 2024 pour bâtir la société du bien-vieillir que sur le Plan national de prévention des chutes des personnes âgées (42).
La thèse porte sur la population âgée de 65 ans et plus résidant en France (hors Mayotte) avec trois axes de recherche :
1) Axe descriptif : Décrire l'incidence et l'évolution temporelle des principaux SG sur une période de 15 ans (2010-2025), en intégrant une analyse des disparités sociales et territoriales ;
2) Axe étiologique : Etudier les relations entre fragilité, maladies chroniques et survenue des syndromes gériatriques, en analysant leurs effets propres, cumulés et leurs potentielles interactions ;
3) Axe pronostique : Quantifier l'association entre chaque SG et le risque de perte d'autonomie majeure (institutionnalisation) ou de décès à 12 mois.
Sources de données
Le projet s'appuiera sur deux sources principales de données, complémentaires par leur portée et leur niveau de détail.
-Le Système national des données de santé (SNDS), permettant l'analyse des tendances temporelles, des disparités et des trajectoires ;
Il regroupe particulièrement (43) :
1) l'ensemble des données sur les prestations remboursées en médecine de ville (DCIR) : date de soins, codage détaillé des actes médicaux selon les nomenclatures NGAP (Nomenclature générale des actes professionnels), NABM (Nomenclature des actes de biologie médicale) ou CCAM (Classification commune des actes médicaux), médicaments identifiés par le code CIP (Code Identifiant de Présentation);
2) les données du Programme de médicalisation du système d'information hospitalier (PMSI) pour les séjours en Médecine, chirurgie, obstétrique (MCO), en Hospitalisation à domicile (HAD), en Soins Médicaux et de Réadaptation (SMR, ex-Soins de Suite et Réadaptation) et en psychiatrie (RIM-P pour recueil d'informations médicalisées pour la psychiatrie);
3) les données concernant le versement d'indemnités journalières lorsqu'elles existent avec leur date et leur motif (maladie, maternité, ATMP);
4) les données concernant le motif d'exonération du ticket modérateur (ALD, ATMP) issu du contrôle médical avec code CIM de la pathologie associée et tableau correspondant pour les maladies professionnelles ;
5) les causes médicales de décès des personnes décédées en France, validées par le CepiDC;
6) des données administratives d'affiliation des assurés sociaux, tels que le département de résidence et d'affiliation, le régime d'assurance d'affiliation, l'indication d'une couverture santé complémentaire solidaire (C2S, regroupant les dispositifs de couverture maladie universelle complémentaire, CMU-C et d'aide à la complémentaire santé, ACS), le statut vital avec la date de décès, l'indice de désavantage social de la commune de résidence.
L'information concernant l'institutionnalisation (entrée en EHPAD ou résidence sénior) ou l'attribution d'une tierce personne sont également disponibles.
Des algorithmes d'identification des principaux syndromes gériatriques, d'une cinquantaine de maladies chroniques et de l'état de fragilité (39, 44-46) ont été mis au point à Santé publique France et utilisés dans diverses publications pour les années 2019 à 2023.
Une profondeur historique de plus de 15 ans pour l'ensemble des régimes d'assurance maladie permettra des analyses longitudinales fiables et pertinentes.
-L'enquête Autonomie 2022 (mise en oeuvre par la DREES) appariée au SNDS, permettant une caractérisation fine des déterminants individuels, notamment la fragilité et les maladies chroniques.
Le volet « Ménages » de l'Enquête Autonomie est une enquête transversale, conduite par la Drees auprès d'un échantillon représentatif de la population générale française hexagonale vivant à domicile (en ménages et dans certaines communautés, à l'exception des maisons de retraite, EHPAD, établissements pour personnes handicapées, prisons, hôpitaux) en 2022.
Ces données ont été recueillies en face à face par les enquêteurs de l'Insee utilisant des questionnaires standardisés (135 pages) portant notamment sur : les maladies et les troubles de santé déclarés (N=50), les déficiences et les incapacités (indicateurs de fonctions du Washington group, activités de la vie quotidienne [ADL] et activités instrumentales de la vie quotidienne [IADL]), la fragilité selon les critères de Fried, le recours aux soins, l'aménagement du logement, les aides nécessaires, la situation familiale, la scolarité, l'emploi, les revenus, les loisirs. L'enquête ayant obtenu le label d'intérêt général et de qualité, les personnes contactées ont été informées qu'il était obligatoire de répondre. L'ensemble de ces données ont été mises à disposition de Santé publique France par la DREES en décembre 2024, et des travaux, en cours de publication, ont déjà été conduits sur celles-ci. Leur appariement avec le SNDS est en cours.
Population d'étude
L'étude portera sur les personnes âgées de 65 ans et plus vivant en France (hors Mayotte).
Analyses statistiques
Les analyses seront organisées en cohérence avec les trois objectifs du projet.
Objectif 1 : Décrire l'incidence et l'évolution temporelle des SG sur une période de 15 ans (2010-2025), en intégrant une analyse des disparités sociales et territoriales
Cet objectif visera à produire une description nationale des principaux SG ayant donné lieu à une hospitalisation en France entre 2010 et 2025. Les algorithmes déjà développés (39) seront mobilisés pour identifier les chutes et lésions, la dénutrition, la déshydratation, le syndrome confusionnel, la dépression, les escarres et l'incontinence. Pour chacun de ces syndromes, seront estimés : des taux d'incidence bruts et standardisés selon l'âge et le sexe ; des taux spécifiques par classe d'âge, sexe, niveau de désavantage social et territoire ; des rapports d'incidence à l'aide de modèles de régression de Poisson avec variance robuste.
Les évolutions temporelles seront étudiées sur l'ensemble de la période 2010-2025. Une attention particulière sera portée aux ruptures de tendance, en particulier dans le contexte de la pandémie de COVID-19, au moyen d'approches de type joinpoint regression. Cette approche permettra d'identifier d'éventuels changements de pente dans l'évolution des incidences, notamment en lien avec les périodes de crise sanitaire.
L'analyse des disparités territoriales reposera sur une approche écologique, conduite au minimum à l'échelle départementale, incluant les départements et régions d'outre-mer, rarement pris en compte jusqu'à présent dans l'étude des SG. Elle intégrera également des indicateurs contextuels liés à l'offre de soins. Les disparités sociales seront analysées à partir de l'indice FDep, ou de tout autre indicateur de désavantage social disponible au niveau de la commune de résidence. Cette analyse sera réalisée sur le SNDS.
Objectif 2 : Analyser les interactions entre état de fragilité, le fardeau des maladies chroniques et la survenue des SG
Cet objectif s'appuiera prioritairement sur les données de l'enquête Autonomie 2022 appariées au SNDS, offrant une perspective longitudinale unique. Dans ce cadre, l'année 2022 constituera le point d'entrée (baseline), permettant de recueillir des mesures riches et fiables sur la multimorbidité (environ 50 affections) et la fragilité (phénotype de Fried). La survenue des SG sera ensuite identifiée de manière prospective via le SNDS sur une période de suivi allant jusqu'en 2025.
Les maladies chroniques (considérées individuellement ou de manière cumulée (multimorbidité)) ainsi que la fragilité seront étudiées comme facteurs de risque de la survenue de chacun des principaux SG. Elles seront également analysées comme déterminants différentiels, c'est-à-dire comme modificateurs d'effet potentiels des conséquences des SG sur la mortalité et l'institutionnalisation. Les analyses reposeront sur des modèles multivariés adaptés. Une attention particulière sera portée aux mécanismes complexes susceptibles de relier multimorbidité, fragilité et SG, y compris aux effets de médiation et de modification d'effet. Cette question est centrale pour mieux comprendre les trajectoires de vulnérabilité et orienter les actions de prévention.
Dans l'hypothèse, peu probable, où le délai d'accès effectif aux données appariées de l'enquête Autonomie 2022 dépasserait le milieu de la deuxième année du projet, les indicateurs de maladies chroniques et de fragilité développés directement dans le SNDS pourraient être mobilisés en solution de repli. Pour plusieurs pathologies à forte morbi-mortalité, telles que les cancers, les maladies cardiovasculaires ou le diabète, ces indicateurs présentent en effet de bonnes performances (45, 47).
Objectif 3 : Quantifier l'association entre chaque SG (en termes d'hospitalisation) et le risque de perte d'autonomie majeure (institutionnalisation) ou de décès à 12 mois.
Cet objectif visera à évaluer, pour chacun des principaux SG étudiés, l'association avec le risque de décès, de cause de décès et d'institutionnalisation dans les 12 mois suivant leur survenue. L'institutionnalisation sera utilisée comme indicateur proxy d'une perte d'autonomie majeure, avec discussion explicite de ses limites d'interprétation.
Seront étudiés les principaux SG identifiés dans le projet : chute et lésion, dénutrition, déshydratation, syndrome confusionnel, dépression, escarres et incontinence.
Les méthodes mobilisées reposeront principalement sur des modèles de survie multivariés, incluant des modèles de Cox ou des modèles à risques compétitifs lorsque les issues étudiées seront concurrentes. Le cas échéant, des analyses stratifiées ou avec termes d'interaction pour explorer les variations selon le sexe, l'âge, la situation sociale, le territoire ou le contexte temporel.
Ces analyses permettront de comparer la valeur pronostique relative de chaque syndrome et de hiérarchiser leur contribution aux trajectoires défavorables de santé.
Le profil recherché
Le projet est destiné à un(e) titulaire d'un Master 2 Recherche en Santé Publique, spécialisé(e) en épidémiologie, manifestant un intérêt marqué pour la gériatrie ou l'étude du vieillissement. Le profil idéal se distingue par une expertise avérée en traitement de données statistiques (maîtrise impérative de R ou SAS) et une solide aisance avec les modélisations multivariées et longitudinales. Nous recherchons une personnalité alliant curiosité intellectuelle, autonomie proactive et une rigueur scientifique.