Thèse quel est l'Impact des Exigences Linguistiques en Anglais Imposées en 2026 par le Gouvernement Travailliste pour les Demandes de Visa sur l'Intégration des Migrants au Royaume-Uni H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- Mont - 64
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Savoie Mont-Blanc École doctorale : Cultures Sociétés Territoires Laboratoire de recherche : Langages, Littératures, Sociétés. Etudes Transfrontalières et Internationales Direction de la thèse : Emma BELL Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-31T23:59:59 Le/la candidat(e) analysera l'impact des exigences linguistiques en anglais introduites en 2026 par le gouvernement travailliste britannique sur les migrants, dans un contexte de montée de l'hostilité envers l'immigration. Les recherches existantes sur la relation entre la maîtrise de la langue du pays d'accueil et l'intégration des migrants sont largement dominées par des études quantitatives reposant sur des indicateurs restreints tels que l'emploi et le logement, et négligent souvent les expériences vécues des migrants. Par conséquent, elles offrent une compréhension partielle des mécanismes sociaux, culturels et structurels par lesquels les politiques linguistiques influencent les résultats en matière d'intégration. Elles risquent également d'ignorer la manière dont ces politiques et leurs définitions peuvent, de façon involontaire, renforcer des structures et des discours racistes. Pour remédier à ces limites, le/la candidat(e) élaborera une définition globale et réflexive de l'intégration, inspirée par des chercheurs tels que Parker (2015), Rogaly (2020) et Amin (2023). Il/elle adoptera une approche méthodologique mixte, combinant l'analyse de statistiques nationales avec des données qualitatives issues d'entretiens et de groupes de discussion avec des migrants, ainsi que des contributions d'avocats spécialisés en droit de l'immigration et d'organisations de la société civile au Royaume-Uni. En replaçant les expériences individuelles dans des contextes institutionnels et discursifs plus larges, cette recherche vise à proposer une compréhension plus nuancée de la manière dont les exigences linguistiques façonnent les opportunités, les identités et le sentiment d'appartenance des migrants, et à contribuer, à terme, à l'élaboration des politiques publiques et au débat public. « Lorsque des personnes viennent dans notre pays, elles doivent également s'engager en faveur de l'intégration », a déclaré le Premier ministre britannique, Sir Keir Starmer (2025), lors de l'annonce de réformes en matière d'immigration. En conséquence, à partir du 8 janvier 2026, le gouvernement a relevé les exigences linguistiques en anglais pour la plupart des visas de résidence : niveau A1 pour les premières demandes de visas familiaux, A2 pour les renouvellements, et B2 pour les visas de travail et d'études (UK Visas and Immigration, 2026). Le Royaume-Uni utilise le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), qui évalue les compétences linguistiques sur une échelle à six niveaux allant de A1 (débutant) à C2 (niveau quasi natif) (Conseil de l'Europe, 2020). Ces changements s'inscrivent dans le document de politique publique Restoring control over the immigration system, qui affirme qu'une immigration élevée a causé des « dommages incalculables » au pays en exerçant une pression sur les services publics, en réduisant les opportunités d'emploi pour les travailleurs britanniques et en sapant la cohésion sociale (Home Office, 2026). Le durcissement des exigences linguistiques et professionnelles est présenté à la fois comme une mesure « équitable » et neutre visant à réduire l'immigration tout en garantissant l'intégration des migrants (ibid.).
Ces réformes doivent être comprises dans leur contexte politique et historique plus large. Au début des années 2000, le New Labour sous Tony Blair et Gordon Brown a promu le projet d'une « Grande-Bretagne multiculturelle » et adopté une politique migratoire relativement ouverte, notamment à la suite de l'élargissement de l'Union européenne en 2004. Toutefois, depuis 2010, les gouvernements britanniques se montrent de plus en plus critiques à l'égard du modèle multiculturel et cherchent à imposer des restrictions importantes à la migration nette. Par ailleurs, des sondages récents indiquent une hostilité croissante envers l'immigration, 45 % des Britanniques étant favorables à l'arrêt des nouvelles arrivées (YouGov, 2025). Le soutien à l'extrême droite a également augmenté, en particulier pour le parti Reform dirigé par Nigel Farage.
Cependant, des chercheurs tels qu'Amin (2023) et Parker (2015) soutiennent que le modèle multiculturel britannique a toujours été contesté, tant au niveau populaire que gouvernemental. Les politiques d'intégration ont davantage suivi une logique assimilationniste que multiculturelle, les migrants étant encouragés à devenir « plus britanniques » (Modood, 2011). Dans cette perspective, la langue anglaise est souvent considérée comme un marqueur central de l'identité britannique ; son apprentissage est donc perçu comme le principal mécanisme d'intégration, et les migrants sont considérés comme responsables de l'amélioration de leurs compétences linguistiques s'ils souhaitent s'intégrer avec succès. En conséquence, parallèlement au « Life in the UK test », des exigences linguistiques ont été introduites dès 2002 pour les demandes de citoyenneté, puis progressivement étendues à divers visas de résidence (Home Office, 2014). Le fait de mettre en oeuvre ces politiques via le système migratoire renforce structurellement l'idée que l'intégration n'est pas un processus à double sens, dans lequel migrants et société d'accueil collaborent, mais qu'elle repose principalement sur les migrants.
La recherche sur l'apprentissage linguistique des migrants et l'intégration est globalement dominée par des analyses quantitatives. Récemment, au Danemark, Arendt et al. (2025) ont conclu que des exigences économiques et linguistiques plus strictes réduisaient l'emploi des migrants et avaient peu d'effet sur le niveau linguistique moyen. Toutefois, cette étude manquait de données qualitatives issues des migrants et des experts permettant d'expliquer ces corrélations. Même les recherches statistiques à petite échelle restent limitées par des définitions étroites et arbitraires de l'intégration. Par exemple, une étude du ministère britannique du Logement, des Collectivités et des Gouvernements locaux (2018) mesurait « l'intégration sociale » en fonction du nombre de personnes anglaises avec lesquelles les migrants avaient parlé en une semaine. Outre le fait qu'elles ignorent les expériences personnelles des migrants, ces approches risquent de surestimer l'importance de l'anglais dans la vie quotidienne. En effet, dans son étude sur Peterborough, Rogaly (2021) montre que le multilinguisme fait souvent partie d'un sentiment partagé d'identité et d'appartenance, plutôt que d'être un signe de mauvaise intégration. Il soutient que la ville constitue un espace de solidarité et de liens, contrairement aux discours la décrivant comme une ville ouvrière blanche « aliénée par l'immigration et le multiculturalisme ».
Ce projet vise à dépasser les approches quantitatives en mobilisant une méthodologie mixte. Bien qu'il existe déjà des études combinant plusieurs méthodes, celles-ci se concentrent généralement sur un groupe spécifique de migrants et n'analysent pas toujours la manière dont les institutions façonnent les attitudes des migrants envers l'apprentissage linguistique. En outre, elles mobilisent souvent des données statistiques nationales limitées. Par exemple, Morrice et al. (2019) ont combiné des entretiens avec des données quantitatives sur la maîtrise de l'anglais afin d'évaluer l'impact de l'éducation linguistique sur l'emploi et la santé mentale des réfugiés en Angleterre. À l'inverse, dans la lignée de Rogaly et Amin, cette étude vise à dialoguer avec des communautés et des individus afin de proposer une compréhension plus riche des définitions et des processus d'intégration, d'identité et d'appartenance. Elle analysera également de manière critique l'interaction dialectique entre les attitudes individuelles et les structures plus larges.
Dans l'ensemble, cette thèse répondra à la question de l'impact des exigences linguistiques de 2026 sur l'intégration des migrants au Royaume-Uni. Elle examinera d'abord l'impact d'une politique linguistique migratoire spécifique, ce qui n'a pas encore été fait dans le contexte britannique. Ensuite, compte tenu de la complexité du concept, elle cherchera à définir des indicateurs quantitatifs et qualitatifs inclusifs de « l'intégration ». Elle analysera ensuite si les exigences linguistiques de 2026 ont amélioré ces indicateurs, en explorant les variations selon différentes variables sociodémographiques telles que le niveau d'éducation, le genre, l'âge, le revenu, le pays d'origine et l'origine ethnique. Elle étudiera également la relation dialectique entre les migrants et les structures et discours externes. Par exemple, les migrants considèrent-ils la langue du pays d'accueil comme essentielle pour la vie quotidienne ou plutôt comme une exigence institutionnalisée d'appartenance ? Enfin, elle examinera les effets personnels de ces nouvelles politiques, y compris pour les citoyens de l'Union européenne ayant obtenu un droit de séjour avant 2021 et qui ne sont pas soumis à ces changements. cf. 'Contexte scientifique' Le projet de recherche portera sur les migrants qui déposent une demande de visa ou en sollicitent le renouvellement après le 8 janvier 2026.
Afin de saisir la complexité de l'intégration, il mobilisera un cadre de réalisme critique distinguant les agents (individus et groupes), les structures (par exemple les systèmes économiques) et la culture (discours et idéologies) (Iosifides, 2017, p. 8). Cette approche permet d'éviter à la fois les définitions limitées et arbitraires souvent associées aux recherches quantitatives, et le réductionnisme discursif des approches purement qualitatives (ibid.). Plutôt que de considérer les récits individuels ou les corrélations statistiques comme des vérités évidentes, elle appelle à une analyse mixte des relations dialectiques entre structures, culture et agents, ainsi que de leurs effets. Les migrants sont ainsi envisagés comme des acteurs sociaux dotés d'un pouvoir causal, et non comme des sujets passifs.
La recherche s'appuiera sur les travaux de Parker (2015), Rogaly (2020) et Amin (2023), afin de garantir une définition empiriquement fondée des « impacts ». Par exemple, le fait que des migrants communiquent entre eux en anglais peut être interprété comme une forme d'intégration, plutôt que de se limiter aux interactions avec des locuteurs natifs. De même, des concepts tels que « l'intégration » doivent être définis de manière critique et réflexive.
Pour la partie quantitative, le/la candidat(e) analysera des données nationales et des documents de politique publique relatifs aux migrants, en s'appuyant notamment sur des sources telles que l'Office for National Statistics, le Home Office, HM Revenue & Customs et le Migration Observatory de l'Université d'Oxford. Les indicateurs clés incluront les demandes et les délivrances de visas, les retours forcés, les dépassements de durée de séjour, les impacts fiscaux de l'immigration, l'emploi et le logement des migrants, la participation aux cours d'anglais langue étrangère, les résultats aux tests linguistiques, ainsi que le temps et le coût des tests et des procédures de visa.
Ces résultats seront ensuite comparés, confrontés et complétés par des données qualitatives issues de questionnaires, de groupes de discussion et d'entretiens avec des migrants, afin de mieux comprendre leurs expériences vécues et leurs perceptions des politiques linguistiques et d'intégration. Le recours à différentes méthodes qualitatives est essentiel pour saisir la manière dont les migrants parlent de la langue dans des contextes variés (par exemple, questionnaires anonymes versus groupes de discussion ou entretiens individuels).
Le Royaume-Uni offre par ailleurs un groupe de contrôle intégré. En effet, les citoyens européens résidant encore au Royaume-Uni sous un statut de séjour acquis avant le Brexit ne sont pas soumis aux nouvelles exigences linguistiques. Bien que ce groupe ne constitue pas le coeur de l'étude, les échanges avec ses membres et l'analyse de leur présence dans les statistiques nationales permettront d'évaluer si ces politiques linguistiques ont également des effets sur des personnes qui n'y sont pas juridiquement soumises.
Des éclairages supplémentaires seront apportés par des enseignants de langues, des coordinateurs de formation, des avocats spécialisés en droit de l'immigration, ainsi que par des organisations de la société civile telles que We Belong, Migrants' Rights Network et Coalition for Language Education.
Conformément à l'orientation normative du réalisme critique, cette étude vise non seulement à analyser les impacts, mais aussi à contribuer à l'amélioration des politiques migratoires et du débat public. Étant donné que des exigences linguistiques similaires ont également été mises en oeuvre dans des pays comme la France, tout effet significatif allant à l'encontre des objectifs d'intégration des gouvernements aurait des implications bien au-delà du Royaume-Uni. Cette recherche pourrait en outre constituer une base pour de futures études comparatives internationales.
Ce projet s'inscrit dans l'axe « Interactions entre État et individu » de l'unité de recherche LLSETI. D'une part, il examine l'interaction entre les politiques migratoires britanniques et les migrants en tant qu'individus. D'autre part, il analyse l'impact de ces politiques sur l'enseignement et l'apprentissage des langues étrangères, ainsi que sur l'intégration socioéconomique et culturelle.
Le profil recherché
- Une solide formation en politique britannique, ainsi que des connaissances en science politique et en études migratoires.
- Un excellent niveau d'anglais (C1) afin de rédiger et présenter des travaux de recherche, ainsi que de mener des entretiens en anglais.
- La recherche impliquant potentiellement des entretiens avec des personnes vulnérables, une bonne compréhension de l'éthique de la recherche est indispensable.
- La capacité de se rendre au Royaume-Uni pour des périodes prolongées afin de mener des recherches qualitatives.