Recrutement Doctorat.Gouv.Fr

Thèse la Transition Énergétique Contre l'Environnement les Controverses Environnementales Autour de l'Agrivoltaïsme Acteurs Conflits et Stratégies Territoriales de la Mise en Oeuvre d'Une Énergie H/F - Doctorat.Gouv.Fr

  • Mont - 64
  • CDD
  • Doctorat.Gouv.Fr
Publié le 14 avril 2026
Postuler sur le site du recruteur

Les missions du poste

Établissement : Université de Savoie Mont-Blanc École doctorale : Cultures Sociétés Territoires Laboratoire de recherche : Environnements, Dynamiques et Territoires de la Montagne Direction de la thèse : Marie FORGET Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-31T23:59:59 Cette thèse propose d'étudier le déploiement d'infrastructures solaires photovoltaïques sur les terres agricoles présenté comme une solution à l'usage concurrent des sols. En effet, face aux controverses environnementales que peuvent susciter les grandes centrales photovoltaïques (Gosse, 2024), la promesse de l'usage partagé de l'espace faîtes par les infrastructures agrivoltaïques est attrayante (Carausse et Arnauld de Sartre, 2023). Elle soulève néanmoins de fortes interrogations aussi bien sociales qu'économiques ou environnementales. Définie comme une « installation de production d'électricité (...) dont les modules sont situés sur une parcelle agricole où ils contribuent durablement à l'installation, au maintien ou au développement d'une production agricole » (Loi n°2023-175), cette infrastructure énergétique engendre un espace « hybride » dans lequel se superposent les qualités socio-économiques et les caractéristiques écologiques de deux espaces initialement distincts. Ainsi, l'agrivoltaïsme engendre des espaces liminaux, caractérisés par un état d'« entre-deux », ni espace agricole, ni espace énergétique, mais co-produits par des techniques, des acteurs et des institutions relevant des deux mondes. Cette thèse de géographie vise à restituer la complexité et l'instabilité inhérente à un tel processus et à révéler les rapports de pouvoirs au coeur de cette transformation de l'espace agricole.
Pour conceptualiser les spatialités de l'agrivoltaïsme et les dynamiques sociales et environnementales qui structurent l'agrivoltaïsme, cette thèse propose de croiser les approches d'écologie politique et celles sciences des techniques (STS). En effet, l'écologie politique s'est historiquement intéressée à l'étude des espaces et acteurs du monde agricole en portant une attention particulière aux relations de pouvoirs et à leurs asymétries (Gautier et Benjaminsen, 2012 : Chartier et Rodary, 2016 : Robbins, 2019 ). Les STS ont, quant à elles, construit un important corpus d'analyse des infrastructures et réseaux électriques en insistant sur la nature sociale de leur matérialité (Gras, 1993 : Raineau, 2011 : Labuissière et Nadaï, 2018 : Patinaux, 2023). Les dialogues déjà ouvert entre les STS et géographie illustrent les pistes de réflexions fructueuses qui émergent d'un tel croisement (Labuissière, et al, 2018: Fontaine, 2018). Appliquée à l'étude des dynamiques et des configurations spatiales de l'agrivoltaïsme, la combianison de ces approches permet de formuler trois objectifs de recherches :
1) Caractériser les controverses socio-environnementales permettant de mettre à jour les régimes de valeurs inhérent à la contestation du développement de l'agrivoltaïsme : Assemblage des ressources et espaces agrivoltaïques
2) Analyser les discours de promotion et de rejet de l'agrivoltaïsme ainsi que leur matérialisation sur différents territoires pour comprendre les relations de co-production de l'espace entre agriculture et énergie : Territorialiser l'agrivoltaïsme : échelles et dispositifs de gouvernement.
3) Cartographier les acteurs et les territoires pour identifier les différentes formes de pouvoirs qui se déploient sur des espaces agricoles et comprendre leur territorialisation : Inégalités et conflits au sein des paysages énergétiques.
Pour ce faire, la thèse investira trois terrains, dans une perspective comparative, dont un dans le Sud-Ouest de la France qui permettra de prendre la mesure historique du développement du solaire photovoltaïque et de l'agrivoltaïsme en France (Dupraz, 2011 : Carausse, 2024), un second dans l'Est où se dessinent des synergies entre agrivoltaïsme et d'autres énergies renouvelables comme l'éolien ou le biogaz, enfin un troisième terrain à l'étranger (Suisse ou Espagne) permettra d'offrir un contre-point sur les effets spécifiques des cadres législatifs français. Le développement rapide de l'agrivoltaïsme constitue aujourd'hui un moment charnière dans la recomposition des usages agricoles et énergétiques des sols, plaçant les territoires ruraux au coeur de nouvelles tensions autour de la valeur foncière, productive et paysagère. En combinant production agricole et énergétique sur une même parcelle, ces dispositifs sont présentés comme une réponse à la compétition croissante pour l'usage des terres, dans un contexte de transition énergétique et de pression sur les ressources foncières (Vaverková et al. 2026). Toutefois, la littérature souligne que leur déploiement soulève des enjeux complexes de gouvernance, d'acceptabilité sociale et d'appropriation territoriale, dépassant la seule dimension technologique et impliquant des recompositions d'acteurs et de valeurs locales (Carrausse et Arnauld de Sartre 2023). Dans ce contexte d'expansion encore récente et fortement débattue, la réalisation d'une thèse en géographie apparaît essentielle pour analyser les dynamiques d'appropriation spatiale, les arbitrages entre fonctions productives et énergétiques, ainsi que les processus de territorialisation qui redéfinissent la valeur des espaces agricoles à différentes échelles.
Toutefois, les terrains d'enquête dans le Nord global demeurent rares (Moore, et al, 2022 : Goldberg, 2023 : Spangler, et al 2024, Seay-Fleming : 2025) et en France, en dehors de quelques études (Dupraz et al., 2011, Carausse, 2024) l'agrivoltaïsme n'a pas encore fait l'objet d'enquêtes géographiques approfondies. Plusieurs éléments soulignent la pertinence d'une telle recherche sur des terrains français. D'une part, l'état français a pris des engagements importants en faveur de la filière industrielle agrivoltaïque à l'issue de la loi d'accélération pour les énergies renouvelables (APER) du 10 mars 2023. Le cadre juridique, jusqu'ici très contraignant pour les développeurs photovoltaïques, a évolué pour faciliter l'implantation des centrales agrivoltaïques (Le Velly et Jarrige, 2023 : Hrabanski et al, 2024, : Gosse, 2024). Mais l'ambition agrivoltaïque française interroge par rapport à l'imaginaire culturel des territoires ruraux agricoles et au contexte économique agricole français (Purseigle et Hervieux, 2022). De plus ce mode de production énergétique est présenté comme une solution technique importante comme en atteste la place qui lui est faite dans la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE) 2026-2035 (Gouvernement, 2026). Idéal dans sa programmation, sa territorialisation est nettement plus difficile. De nombreuses controverses socio-environnementales soulèvent les incompatibilités entre modes d'usage de la terre, tout comme dénoncent les dérives d'un système assez permissif. Ainsi, la thèse caractérisera les éléments spatiaux qui organisent, conditionnent et/ou permettent la matérialisation de différentes formes de production agrivoltaïque en s'attachant à les replacer dans leur contexte territorial et politique.
1. Assemblage des ressources et espaces agrivoltaïques
Les ressources sont « irréductiblement sociales » et matérielles (Bridge, 2009). Les ressources, ici la terre agricole et la ressource énergétique, doivent être constituée comme telles à travers des éléments discursifs (Hacking, 1986). Elles peuvent disparaître ou muter si les technologies évoluent, si les valeurs changent ou si les qualités matérielles se modifient. Dans cette perspective, la ressource agrivoltaïque constitue un assemblage de ressources comprenant substances matérielles, technologies, discours et pratiques (Murray Li, 2017, Bakker et Bridge, 2006 ; Blomley, 2013). Analyser une ressource comme assemblage permet d'ouvrir le processus de sa fabrication à la réflexion critique. Quels sont les éléments de cet assemblage ? Comment l'assemblage se stabilise-t-il ou est-il rendu cohérent ? Pourquoi prend-il telle forme et non telle autre ? A travers une approche socio-spatiale (Becker, et al, 2016), la thèse étudie les relations entre discours et matérialités qui produisent les espaces agrivoltaïques. Avant sa transformation physique, l'espace est « préparé », par des régimes discursifs qui construisent sa valeur et sa disponibilité à l'infrastructure énergétique (Calvert, 2015 : Avila-Calero, 2025, Carausse, 2024). La thèse interroge ainsi les savoirs, les représentations et les discours qui sont mobilisés pour justifier le développement de l'agrivoltaïsme et qui contribuent à la définition et à la différentiation des espaces agricoles entre eux. Ces éléments immatériels s'inscrivent dans les territoires sous la forme d'imaginaires et de valeurs qu'il s'agira de cartographier.2. Territorialiser l'agrivoltaïsme : échelles et dispositifs de gouvernement. Le second axe de cette thèse permettra d'analyser la façon dont le pouvoir politique circule entre institutions, acteurs et échelles spatiales (Becker et al, 2016). Nous nous questionnerons ainsi sur le rôle et le pouvoir des structures chargées d'accompagner le déploiement de centrales photovoltaïques sur les espaces agricoles. Nous interrogerons les modalités d'accès (ou non) à ces espaces à travers des analyse géolégales et nous questionnerons les dispositifs permettant une gestion sur la durée. Allant plus loin que l'étude de l'évolution du cadre juridique de l'agrivoltaïsme (Le Velly et Jarrige, 2023 : Hrabanski et al, 2024), cette thèse étudiera son articulation avec d'autres dispositifs scientifiques (structuré autour de l'ADEME ou du pôle Agri-PV conçu par l'INRAE) et économiques (avec notamment l'évolution du rôle de la Commission de régulation de l'énergie dans le financement des projets).

3. Inégalités et conflits au sein des paysages énergétiques. Le troisième et dernier axe de cette thèse porte sur les controverses et la contestation de ce mode de développement d'espaces hybrides, destinés non plus seulement à la vocation nourricière des terres agricoles, ni à leur destination uniquement énergétique. Les controverses peuvent également naitre des asymétries de pouvoir entre acteurs ou encore du caractère inégal du partage économique lors de la vente d'électricité. L'organisation du changement de l'usage de l'espace est donc un processus intrinsèquement politique. Les apports de l'écologie politique permettent de déchiffrer les rapports de pouvoir au coeur de la gestion des environnements agricoles, naturels et forestiers au regard de ceux qui existent dans la construction et la gestion des infrastructures énergétiques (Swyngedouw, 2006 : Robbins, 2019 : Avila-Calero, 2025). L'agrivoltaïsme doit être compris comme un terrain de conflictualité, où s'opposent des visions politiques divergentes, des valeurs territoriales variées et parfois peu alignées, des bénéfices économiques mal répartis au sein des espaces ruraux agricoles. Cet axe de recherche vise à spatialiser ces visions et en étudier les articulations. La richesse de la thèse réside en sa mobilisation de cadre conceptuels développés par des disciplines ayant eu un engagement critique historique avec systèmes énergétiques et le gouvernement des ressources et milieux agricoles. Cette thèse s'appuye des travaux en sciences des techniques (STS) (Gras 1993, Labussière et Nadaï, 2018 : Lopez, 2019), en géographie (Bakker and Bridge, 2006 : Bridge, 2009) et en écologie politique (Li, 2014 : Howe, 2016 : Dunlap et al, 2024) sur la matérialité des systèmes et des ressources énergétiques. La thèse a pour objectif de saisir les transformations matérielles engendrées par les infrastructures agrivoltaïques mais aussi de relier ses infrastructures aux représentations sociales et politiques du monde qu'elles traduisent (Raineau, 2011). L'étude détaillée des sites agrivoltaïques et des espaces agricoles plus largement aura vocation à aboutir à description précise des caractéristiques spatiales qui influencent la forme des infrastructures et leurs fonctions (Bridge, 2018).
La méthode d'enquête reposera sur trois outils d'analyse qualitatives. D'abord une recherche de terrain sur trois sites agrivoltaïques où sera déployée une enquête ethnographique, mêlant observation participative et entretiens indirects. L'application d'une méthode ethnographique à l'échelle des sites agrivoltaïques permettra de saisir les dynamiques socio-environnementales à l'oeuvre. Cette enquête sera complétée par la réalisation d'entretiens semi-directifs avec des acteurs opérant à diverses échelles (entreprises énergétiques, pouvoirs publiques territoriaux, instituts de recherche, organisations et syndicats agricole, entreprises gestionnaires du réseau électrique par exemple). Ces entretiens visent à comprendre les représentations, positions et actions prises sur le développement agrivoltaïque. Ces enquêtes de terrain se fera parallèlement à l'analyse des données collectées, à l'observation des territoires et la reconstitution de leurs trajectoires. Une veille documentaire sera également effectuée tout au long de la thèse (articles, publications et rapports issues de la presse, des entreprises énergéticiennes, des organismes publiques et des institutions gouvernementales, globales, nationales et locales) permettant d'affiner la cartographie actorielle.
Dans une démarche comparative, plusieurs terrains feront l'objet d'une enquête approfondie. Trois terrains sont pressentis pour leurs caractéristiques socio-économiques et environnementales distinctives qui façonnent des formes agrivoltaïques différentes. Un terrain sera sélectionné dans le Sud-Ouest de la France pour sa trajectoire de développement des centrales photovoltaïques au sol dans les années 2010 qui se poursuit par de nombreuses études de pré-faisabilité de centrales agrivoltaïques (Duruisseau, 2016 : Baggioni, 2019 : Carausse et Arnauld de Sartre, 2023). Si le contexte pyrénéen est particulièrement intéressant pour retracer l'implantation historique des sites agrivoltaïques dans des paysages agricoles variés, nous sélectionnerons également un terrain dans la région Grand-Est. L'agrivoltaïsme pourrait être ainsi analyser en lien avec d'autres infrastructures énergétiques ayant façonnées le territoire, le Grand-est étant la première région de production de biométhane et la deuxième région de production d'énergie éolienne.

Les travaux déjà engagés sur cette question permettent de formuler plusieurs hypothèses sur les résultats auxquels parviendra cette thèse.

Une spatialisation de la transition énergétique et de sa soutenabilité/exhaustivité. La thèse favorisera l'émergence d'une compréhension critique de l'agrivoltaïsme à travers la mise en relation des infrastructures avec les idées, les représentations et les matières qui les façonnent et qu'elles façonnent réciproquement. Le dialogue géographique ouvert par cette thèse entre les politiques nationales de décarbonation et de souveraineté énergétique et les terres agricoles mobilisées permet de matérialiser les signes d'épuisabilité apparents des énergies renouvelables, tels que déjà décrit par Alain Nadaï et Olivier Labuissière (2017). Cette épuisabilité est inégalement distribuée, selon les configurations sociales, environnementales et techniques des sites agivoltaïques.

Une compréhension affinée des phénomènes sociaux animant les paysages énergétiques. Trop souvent réduit au simple fait du NIMBYism, les mouvements d'oppositions aux énergies renouvelables reflètent en réalité des attachements aux espaces habités qui sont transformés par ces infrastructures (Devine-Wright, 2011 : Bourdin, 2019). Surtout, cette thèse propose de situer les acteurs agricoles au coeur des relations de pouvoirs constitutifs des infrastructures agrivoltaïques. L'hétérogénéité socio-économique des exploitations agricoles, des parcours de vies des agriculteurs, des conditions climatiques et environnementales construisent des positions complexes et contradictoires à ces infrastructures énergétiques.

Le profil recherché

Le projet requiert le recrutement d'un·e candidat·e en géographie disposant d'un très haut niveau académique et d'une solide formation en analyse territoriale des transitions énergétiques, idéalement attestée par des travaux antérieurs sur l'agrivoltaïsme ou, à défaut, sur les interactions entre infrastructures énergétiques, usages des sols et dynamiques agricoles. Le ou la candidat·e devra être disposé·e à s'installer à proximité de l'USMB pour la durée des trois années de doctorat, condition nécessaire à une implication régulière dans la vie scientifique du laboratoire. Une forte autonomie dans l'organisation du travail, une capacité démontrée à mener des enquêtes de terrain et à produire des analyses rigoureuses, ainsi qu'une aptitude à travailler en équipe sont attendues. Le ou la candidat·e devra également faire preuve d'un réel intérêt pour l'intégration au sein de l'équipe « Société » et du laboratoire EDYTEM, en participant activement aux activités collectives. Enfin, il est attendu que la personne recrutée se soit préalablement informée sur le contenu du projet doctoral, sur les exigences scientifiques et organisationnelles d'une thèse, ainsi que sur les perspectives professionnelles ouvertes à l'issue d'un doctorat, afin d'aborder ce parcours avec un engagement éclairé et durable.

Postuler sur le site du recruteur

Ces offres pourraient aussi vous correspondre.