Recrutement Doctorat.Gouv.Fr

Thèse Etude des Pratiques des Mélanges d'Espèces et de leur Évolution une Analyse Multi-Échelle de l'Exploitation Agricole aux Filières H/F - Doctorat.Gouv.Fr

  • Toulouse - 31
  • CDD
  • Doctorat.Gouv.Fr
Publié le 14 avril 2026
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Les missions du poste

Établissement : Institut National Polytechnique de Toulouse École doctorale : SEVAB - Sciences Ecologiques, Vétérinaires, Agronomiques et Bioingenieries Laboratoire de recherche : AGIR - Laboratoire Agroécologie, Innovations, terRitoires Direction de la thèse : Lionel ALLETTO ORCID 0000000309339476 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-06-01T23:59:59 Les mélanges d'espèces (ME) sont connus pour fournir de nombreux services écosystémiques, mais restent encore peu utilisés par les agriculteur·ices. Les connaissances sur leur intégration dans les exploitations et les filières, ainsi que sur l'évolution de ces pratiques dans le temps, demeurent limitées.
Cette thèse propose d'analyser de manière compréhensive et rétrospective les trajectoires d'adoption et d'évolution des ME à l'échelle des exploitations et des filières. L'objectif est de comprendre comment les agriculteur·ices conçoivent, expérimentent et adaptent ces mélanges à leur situation, et comment les caractéristiques des territoires et des filières peuvent favoriser ou stimuler leur mise en oeuvre. L'étude portera sur les dynamiques d'évolution des pratiques, les connaissances mobilisées ou produites, et les logiques d'action associées. Trois études de cas, en France et au Danemark, permettront d'examiner différents types d'interactions entre agriculteur·ices, acteurs locaux, amont et aval des filières.
La recherche s'appuiera principalement sur des méthodes qualitatives compréhensives, notamment des entretiens semi-directifs et une analyse de trajectoires de pratiques et des logiques d'action des agriculteur.ices. Elle visera à mettre en lumière les mécanismes facilitant la diffusion des ME et à proposer une typologie des leviers d'action. Au-delà de l'analyse des pratiques, ce travail contribuera à la compréhension et à l'accompagnement des transitions vers des exploitations et des filières plus diversifiées. La diversification des cultures constitue un levier essentiel pour renforcer la durabilité des systèmes agricoles et représente un pilier central pour la transition agroécologique (TAE) (Tamburini et al., 2020). Parmi les voies de diversification en grandes cultures, figurent les mélanges d'espèces (ME), définis comme la culture simultanée d'au moins deux espèces, sur la même surface, pendant une période significative de leur cycle (Willey, 1979). Cette définition englobe une large diversité de pratiques (espèces, modalités d'implantation, temporalités, débouchés...), reflétant la diversité des exploitations agricoles et la diversité des services écosystémiques visés par les agriculteur·ices (Gardarin et al., 2022; Verret et al., 2020). Les cultures associées offrent de nombreux avantages, largement documentés : e.g. amélioration de la productivité et de la qualité, réduction de l'usage de pesticides et d'engrais azotés, réduction des émissions de GES liées, réduction des risques de lixiviation par rapport à une légumineuse pure, accroissement de la possibilité de cultiver des légumineuses dans des situations où la conduite en pure est très/trop risquée) (Bedoussac et al., 2015; Pelzer et al., 2012; 2014).
Malgré ces bénéfices, la culture de ces mélanges dans les fermes reste rare : en France, environ 1 % de la SAU totale agricole est dédiée aux associations céréales-légumineuses, et 3,2 % à d'autres types de mélanges (Yan et al., 2025). Les choix techniques dépendent fortement du contexte local : conditions pédoclimatiques, organisation de la filière, débouchés existants, accès à des agroéquipements, par exemple via l'appartenance à une CUMA (Yan et al., 2025). Cette adoption limitée s'explique par une combinaison de freins techniques, matériels, économiques et réglementaires, qui se manifestent à différents niveaux de la chaîne de valeur - depuis les systèmes de culture jusqu'aux filières et aux territoires (Bonke et al., 2021; Lemken et al., 2017; Magrini et al., 2013). Par exemple, l'absence de filière structurée pour certaines espèces ou associations, ou la trop forte structuration des filières travaillant en « espèce pure » limitent leur développement : les coopératives ou les meuniers peuvent refuser des mélanges, comme le blé-féverole en raison des brisures de féverole susceptibles de dégrader la qualité de la farine de blé et donc la panification, tandis que d'autres meuniers acceptent de tels mélanges (Magrini et al., 2013). À l'échelle de la parcelle, les contraintes techniques sont également notables : semis, désherbage et récolte deviennent plus complexes du fait de la cohabitation de plusieurs espèces aux cycles et morphologies différentes. Les difficultés de récolte des mélanges céréales-légumineuses, par exemple, se manifestent dans la difficulté à trouver un compromis de date et de réglage des machines permettant de battre efficacement les céréales sans casser les grains de légumineuses (Timaeus et al., 2022). Comprendre comment les agriculteur·ices ont conçu, expérimenté et adapté de manière satisfaisante les ME, et comment ces pratiques s'inscrivent dans des dynamiques collectives et territoriales constitue dès lors un enjeu central pour lever les verrous techniques, organisationnels et économiques qui en limitent aujourd'hui le déploiement L'objectif de cette thèse est de comprendre l'insertion satisfaisante des mélanges d'espèces, depuis leur mise en oeuvre à l'échelle des exploitations agricoles. Ainsi que d'identifier et de caractériser les leviers, à l'échelle des filières et des territoires, qui favorisent ces cultures Pour répondre à cet objectif, la recherche s'organise autour de la problématique suivante : Comment les agriculteur·ices ont-ils mis au point et adopté des mélanges d'espèces adaptés à leur exploitation, en lien avec la dynamique de leur territoire et l'insertion dans des filières ?
Cette problématique se décline en trois sous-questions de recherche (QR) :
QR 1 : Pourquoi et comment les agriculteur·ices ont-ils/elles conçu, adopté et fait évoluer les mélanges d'espèces au sein de leur exploitation agricole ?
QR 2 : Quelles nouvelles connaissances et quels indicateurs de pilotage ont été produits et mobilisés au fil des trajectoires d'évolution de ces pratiques ?
QR 3 : De quelle manière les dynamiques territoriales et les interactions avec les filières ont-elles favorisé le déploiement des mélanges d'espèces dans les exploitations agricoles ?
Dans les trajectoires étudiées pour la QR1 et QR2, les mélanges d'espèces seront considérés au sens large, incluant les couverts végétaux, les plantes de service et les doubles récoltes. Dans les études de cas de la QR3, une attention particulière sera portée aux doubles récoltes, qui soulèvent des enjeux spécifiques : contraintes techniques de récolte et de tri, ainsi que difficultés liées à leur intégration dans les coopératives et les filières de commercialisation.
Le travail de thèse reposera principalement sur la réalisation d'entretiens semi-directifs auprès d'agriculteur·ices, ainsi que d'autres acteur·ices du secteur (conseiller·ères, coopératives, entreprises de transformation, etc.). Les méthodes mobilisées relèvent donc essentiellement de l'analyse qualitative de données, en particulier à travers l'analyse des discours et le recours à des codages multi-thématiques (Dumez, 2009). Ces approches soulèvent d'importants enjeux méthodologiques, notamment en matière d'analyse des trajectoires d'évolution des pratiques et des processus d'apprentissage. Ce travail s'inscrit dans le champ de l'agronomie des systèmes et mobilisera plusieurs concepts clés permettant d'analyser les pratiques agricoles et leur évolution. Le concept de logique d'action permet d'appréhender les pratiques mises en oeuvre par les agriculteur·ices dans leur situation concrète. La logique d'action est la formalisation, par l'agronome, du sens que donnent les agriculteur.ices à leurs pratiques, c'est-à dire des relations systémiques entre différentes composantes (Toffolini et al., 2016; Quinio et al.,2021; Salembier et al.,2021) : les pratiques, la situation de l'exploitation, les motivations de l'agriculteur·ice, ses indicateurs de pilotage, les conditions de réussite et les critères de satisfaction de l'agriculteur·ice. Cette approche permet de comprendre la diversité des pratiques mises en oeuvre en ferme (Dionisi et al., 2025). En complément, le concept de trajectoire (Chantre & Cardona, 2014) sera mobilisé afin d'analyser l'évolution des pratiques dans le temps. L'attention portera sur les processus de conception « pas-à-pas » (Meynard et al., 2023), en analysant la manière dont les agriculteur·ices expérimentent, ajustent et transforment progressivement leurs systèmes de culture, sur la base d'apprentissages issus du test de leurs nouvelles pratiques.

Le profil recherché

Formation : Master 2 ou élève ingénieur en dernière année en agronomie / agroécologie
Expériences et compétences recherchées : collecte de données par entretien, approche systémique, connaissances sur les mélanges d'espèces, capacité à travailler en équipe, goût pour le travail de terrain, maîtrise de la langue anglause pour l'analyse de la bibliographie et permis de conduire

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