Thèse Déterminants Perceptifs Cognitifs Émotionnels et Motivationnels de la Consommation des Insectes H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- Grenoble - 38
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université Grenoble Alpes École doctorale : ISCE - Ingénierie pour la Santé la Cognition et l'Environnement Laboratoire de recherche : Laboratoire de Psychologie et Neuro Cognition Direction de la thèse : Elsa SPINELLI Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-19T23:59:59 Face aux enjeux environnementaux actuels, ce projet vise à identifier les déterminants perceptifs, cognitifs, émotionnels et motivationnels sous-tendant l'acceptabilité de l'entomophagie dans les pays occidentaux. Depuis la révolution industrielle, l'abondance des denrées alimentaires dans les pays occidentaux a contribué à l'émergence de problématiques nutritionnelles et environnementales majeures. L'entomophagie (consommation des insectes), qui apparaît comme une solution intéressante sur le plan écologique, se heurte à une faible acceptabilité en Occident, influencée par divers facteurs individuels, mais aussi perceptifs, cognitifs, émotionnels et socioculturels. Chacun de ces déterminants pourraient impacter de manière différentielle la décision de les consommer selon leur valeur (poids) et la temporalité de leur intégration dans la dynamique du processus décisionnel. Bien que les recherches menées à ce jour aient permis de mettre en évidence certains facteurs susceptibles d'influencer l'acceptabilité de l'entomophagie, leur identification ainsi que leur rôle dans la dynamique du processus décisionnel demeurent encore insuffisamment explorés, limitant ainsi la compréhension des freins et leviers de l'acceptabilité des insectes dans l'alimentation.Ce projet vise dans un premier temps à (1) identifier les déterminants perceptifs, cognitifs, émotionnels et motivationnels qui sous-tendent les réponses comportementales de rejet des « insectes », en fonction du contexte. Pour cela, nous proposons de quantifier les réactions qu'ils suscitent, chaque insecte étant caractérisé sur un ensemble de dimensions perceptives, cognitives, émotionnelles et motivationnelles. Nous nous appuierons sur l'analyse de l'orientation attentionnelle (via l'activité oculaire) et de la réactivité émotionnelle (mesurée par l'activité électrodermale - AED), deux indicateurs étroitement liés à la saillance des stimuli, laquelle conditionne nos prises de décision. Notre deuxième objectif sera d'étudier l'intégration dynamique de ces différents déterminants tout au long du processus décisionnel. Nous nous appuierons sur des méthodes permettant d'examiner finement la temporalité des différents processus impliqués dans les décisions d'acceptation ou de rejet des insectes telles que les mesures cérébrales de haute résolution temporelle (électroencéphalographie - EEG), le mouse tracking et l'oculométrie. Il s'agira ainsi d'identifier quand et dans quelle mesure ces caractéristiques influencent les divers mécanismes neurocognitifs du traitement de l'information - attentionnels, perceptifs, émotionnels et cognitifs - impliqués dans la prise de décision.
Les innovations majeures du projet résident i) dans la considération de deux contextes différents pour explorer la relation entre la perception des insectes en tant que tels (contexte écologique) et leur perception et acceptabilité en tant qu'aliments (contexte alimentaire), ii) dans les modalités de présentation des stimuli utilisés (images vs mots) en vue des stratégies de communication (marketing, packaging) utilisées pour promouvoir les insectes comme aliments et iii) dans l'utilisation conjointe de différentes méthodologies objectives (comportementales, physiologiques et cérébrales), encore peu mobilisées dans la littérature sur l'acceptabilité alimentaire, qui à ce jour reste largement dominée par des approches subjectives.
Depuis la révolution industrielle, les pays occidentaux bénéficient d'un accès abondant aux denrées alimentaires. Cette situation a contribué à l'émergence de problématiques nutritionnelles et environnementales majeures [1]. Dans ce contexte, un changement profond s'avère nécessaire dans nos modes de production et de consommation alimentaires. Parmi les solutions récemment avancées, la consommation d'insectes apparaît comme l'une des plus prometteuses, en raison de son potentiel en matière de durabilité et de nutrition [2-3]. Cependant, l'entomophagie se heurte à une faible acceptabilité en Occident (phénomène de néophobie alimentaire [2,4] et d'entomophobie [5]). L'acceptation ou le rejet des insectes dans l'alimentation dépend d'un processus de prise de décision qui peut être modélisé comme un système cognitif dynamique dans lequel l'évidence est accumulée en intégrant, au cours du temps, divers éléments d'information [6-7]. Ces derniers apparaissent ainsi comme des déterminants de la décision finale [7]. Dans le cas de la décision alimentaire, ces déterminants correspondraient aux diverses caractéristiques de l'aliment liées notamment à ses dimensions (i) perceptives (e.g., gustatives, visuelles, packaging) [8-11], (ii) émotionnelles [12], (iii) cognitives (connaissances sur l'aliment, impact éthique ou sur la santé) [11], ou encore (iv) normatives (e.g., normes culturelles de consommation alimentaire du pays) [13-14]. Par ailleurs, la valeur (poids) de chaque caractéristique ainsi que le moment de son intégration influencent la décision [15]. La prise en compte de ces deux éléments de manière distincte est cruciale pour bien comprendre nos prises de décision alimentaires. Par exemple, les caractéristiques gustatives telles que la saveur sont intégrées précocement lors du processus décisionnel. Elles ont ainsi plus de temps pour accumuler de l'évidence et influencent plus fortement la décision, par rapport aux considérations de santé qui seraient intégrées plus tardivement. La littérature sur l'entomophagie a commencé à identifier quelques déterminants perceptifs, cognitifs (e.g., contextuels, religieux), émotionnels et socioculturels de l'acceptabilité des insectes [16-17] qui pourraient impacter de manière différentielle la décision selon leur valeur et la temporalité de leur intégration dans la dynamique décisionnelle. Parmi ces déterminants, on retrouve les représentations négatives associées aux insectes - perçus comme sales, dangereux ou liés à la précarité - qui suscitent souvent peur, dégoût et rejet de la part du consommateur [18-19]. Par exemple, les criquets, sauterelles et fourmis seraient mieux acceptés dans l'alimentation que les vers de farine et les chenilles qui suscitent plus de dégoût que les premiers [20-23]. Ces résultats suggèrent fortement que la perception que l'on a des insectes influence leur acceptabilité en tant qu'aliments, et soulignent ainsi l'intérêt d'étudier le lien entre leur perception dans un contexte écologique (insectes en tant que tels) et leur perception en tant que denrées alimentaires (contexte alimentaire). Ils révèlent aussi des différences d'acceptabilité selon les espèces, suggérant que certaines de leurs caractéristiques - qu'elles soient morphologiques ou d'une autre nature - peuvent jouer un rôle déterminant dans leur rejet. La façon dont les insectes sont présentés ou préparés seraient également déterminante : un haut degré de transformation ou l'association avec des ingrédients familiers faciliteraient leur acceptabilité [24-26]. Enfin, la littérature met en avant l'influence de variables individuelles : certains traits de personnalité comme la curiosité, la recherche de sensations ou encore la sensibilité à la cause environnementale favoriseraient l'entomophagie [27-29]. Bien que les recherches menées à ce jour aient permis de mettre en évidence certains déterminants susceptibles d'influencer l'entomophagie, leur identification ainsi que leur rôle dans la dynamique décisionnelle demeurent encore insuffisamment explorés, limitant ainsi la compréhension des freins et leviers de cette acceptabilité.
Ce projet visera tout d'abord à (1) identifier les déterminants perceptifs, cognitifs émotionnels, motivationnels des réponses comportementales de rejet des « insectes » intervenant en fonction du contexte. Pour cela, nous proposons de quantifier nos réactions vis-à-vis des insectes en nous appuyant sur l'analyse de l'orientation attentionnelle (à travers l'activité oculaire) et de la réactivité émotionnelle (à travers l'activité électrodermale - AED) lesquelles sont intrinsèquement liées à la saillance des stimuli qui conditionne nos prises de décision. Il s'agira d'évaluer objectivement dans quelle mesure les caractéristiques des insectes identifiées comme des déterminants potentiellement majeurs de leur acceptabilité à partir de données préliminaires influencent l'orientation attentionnelle et la réactivité émotionnelle. Notre deuxième objectif sera d'étudier l'intégration dynamique de ces différents déterminants tout au long du processus décisionnel en nous appuyant sur des méthodes permettant d'étudier finement la temporalité des différents processus sous-tendant les décisions d'acceptabilité ou de rejet des insectes (mesures cérébrales de haute résolution temporelle : électroencéphalographie - EEG ; mouse tracking ; oculométrie). Il s'agira d'identifier quand et dans quelle mesure ces caractéristiques influencent les divers mécanismes neurocognitifs du traitement de l'information - attentionnels, perceptifs, émotionnels et cognitifs - impliqués dans la prise de décision. Enfin, dans la mesure où les mécanismes mentaux sous-tendant l'évaluation des insectes peuvent dépendre de leur statut et parce qu'il apparait intéressant d'évaluer la relation entre la perception des insectes en tant que tels et leur perception et acceptabilité en tant qu'aliments, ces deux objectifs seront donc abordés en considérant les insectes en contextes écologique et alimentaire. Par ailleurs, étant donné que la modalité de présentation des stimuli influence nos émotions, perceptions et comportements et compte tenu des stratégies de communication (marketing, packaging) utilisées pour promouvoir les insectes dans l'alimentation, il apparaît essentiel de comparer aussi les effets induits par des stimuli visuels lexicaux (mots) versus photographiques (images). Les stimuli seront issus de bases de mots et d'images d'animaux (insectes et autres), évalués sur un large ensemble de dimensions en contexte écologique et alimentaire. Une des originalités du projet est d'explorer le sujet de l'entomophagie et de l'acceptabilité des insectes à la lumière des connaissances sur les émotions et la prise de décision. Il s'agit de dépasser un simple inventaire des facteurs explicatifs pour analyser leur influence relative sur la décision et de comprendre comment ils s'articulent et interagissent tout au long du processus décisionnel. Pour répondre à cet enjeu, ce projet propose une approche innovante visant à modéliser la dynamique du processus décisionnel, en rupture avec les méthodes déclaratives et descriptives qui prédominent encore dans la littérature et qui reposent sur des jugements verbalisables et conscients (e.g. auto-évaluations, mesures de type willingness to try/eat/buy). Un des caractères innovants de ce projet réside en effet dans l'adoption d'une approche expérimentale alliant l'utilisation conjointe de plusieurs méthodes de mesures objectives (comportementales, physiologiques et cérébrales), encore peu mobilisées dans la littérature sur l'acceptabilité alimentaire. Les tâches comportementales et mesures psychophysiologiques dites indirectes permettent d'objectiver les processus sensoriels, cognitifs et émotionnels mobilisés au cours de la décision et qui orientent effectivement les choix, y compris lorsqu'ils échappent à la conscience ou ne peuvent être explicitement rapportés. En capturant des réponses objectives et temporellement fines, ces mesures indirectes - complémentaires et non substitutives aux mesures subjectives - permettent d'appréhender de manière plus exhaustive l'ensemble des mécanismes sous-tendant les décisions alimentaires. Enfin, même si certaines de ces méthodes ont déjà été couplées deux à deux dans le domaine de la prise de décision pour décomposer le processus décisionnel (e.g., EEG & mouse tracking; mouse tracking & oculométrie), leur utilisation combinée reste pleinement novatrice dans le domaine d'étude.
Le profil recherché
Le.la candidat.e devra avoir une formation en neurosciences cognitives, en psychologie cognitive ou en sciences cognitives. Des connaissances et une expérience dans le domaine des émotions, de la prise de décision, et/ou dans l'utilisation dans l'une ou les techniques expérimentales envisagées (mouse tracking, oculométrie, Electroencéphalogrpahie, activité électrodermale) seront appréciées.
Le.la candidat.e devra également être capable de travailler en équipe et de faire preuve d'autonomie.