Thèse Faire·s Commun·s. Vers une Reconnaissance de la Dimension Écopoétique de la Gouvernance des Biens Communs H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- Tours - 37
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Tours École doctorale : Sciences de la Société : Territoires, Economie, Droit - SSTED Laboratoire de recherche : CItés, TERritoires, Environnement et Sociétés Direction de la thèse : Denis MARTOUZET ORCID 0000000249937705 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-06-28T23:59:59 Pour piloter une transition socioécologique juste et inclusive, les collectivités territoriales cherchent à identifier et activer tous les leviers présents sur leur territoire. Parmi eux, les communs apparaissent comme propices pour expérimenter des formes innovantes d'action collective.
Cette thèse propose une approche innovante d'accompagnement, le design écopoétique, permettant d'évaluer et de soutenir la vitalité des communs. Le design écopoétique articule 3 dimensions : 1) design : une intention de mise en forme jusqu'à sa réalisation ; 2) éco : les relations entre êtres et milieux, pensées à travers l'écologie de la perception ; 3) poétique : la capacité à rendre visible, lisible, et mobilisable ce qui ne l'était pas encore.
La vitalité des communs (leur capacité à régénérer durablement la gestion collective autour d'une ressource partagée) constitue l'objet central de cette thèse. Elle s'évalue à travers la participation, la qualité de gouvernance, l'accessibilité des ressources, l'apprentissage collectif et l'intégration sociale et spatiale. La recherche pose que cette vitalité est indissociable d'un rapport sensible aux lieux et aux autres. Le design écopoétique vise à rendre ce rapport sensible visible, afin qu'il devienne lisible et mobilisable par les habitants du territoire.
Reprenant les principes du placemaking, l'objectif du design écopoétique est d'augmenter le pouvoir effectif des habitants d'un territoire sur la gouvernance des ressources locales. Mobilisé comme prisme d'observation, matériau d'analyse et compétence créative, le design écopoétique s'inscrit dans la posture de la recherche par le design : il est simultanément l'objet que la thèse construit et le dispositif par lequel elle le teste sur le terrain. L'hypothèse centrale est que la vitalité des communs se renforce lorsque ce rapport sensible est valorisé et partagé. C'est précisément ce que le design écopétique vise à opérationnaliser.
Cette thèse est ancrée principalement dans la théorie des communs. Les travaux d'Ostrom montrent que le commun articule une ressource, une communauté d'usagers et des règles évolutives élaborées collectivement. Ce cadre permet d'analyser l'organisation de la coopération, l'apprentissage collectif, la régulation des usages. Là où Ostrom analyse les conditions permettant à un commun d'exister, Dardot et Laval insistent sur sa dimension instituante : le commun se crée dans et par l'activité collective qui le produit. Cette perspective rejoint celle du design écopoétique, qui ne vise pas seulement à soutenir des communs existants mais à accompagner l'émergence de nouvelles formes de commoning.
Pour analyser la dimension sensible de l'action commune, la recherche mobilise la notion de 'partage du sensible' (Rancière). Appliquée aux communs, elle examine comment les expériences affectives liées aux lieux influencent l'engagement et la reconnaissance mutuelle, rendant un commun lisible et mobilisable par ses membres ainsi que par l'ensemble des habitants du territoire. L'écologie de la perception permet d'examiner les communs comme des formes d'habiter (manières situées de percevoir et d'agir) et non uniquement comme des dispositifs organisationnels. Les approches relationnelles du lien social envisagent l'interrelation sensible comme constitutive de l'action collective, ce qui permet de mieux saisir comment différents publics se reconnaissent (ou non) dans le commoning, quels freins limitent l'engagement, quelles incitations le soutiennent, et en quoi les communs favorisent l'attachement au territoire et la confiance dans l'action collective.
Cette thèse s'inscrit dans la posture de la recherche par le design : le design n'est pas seulement l'objet de la recherche, il en est le dispositif central : c'est par la conception et l'expérimentation d'artefacts (ateliers, cartographies sensibles, protocoles de mise en récit) que la recherche produit ses connaissances. Cette thèse est ancrée principalement dans la théorie des communs (Ostrom, 1990), qui montre qu'un commun articule une ressource, une communauté d'usagers et des règles évolutives élaborées collectivement. Ce cadre permet d'analyser l'organisation de la coopération, l'apprentissage collectif, et la régulation des usages des ressources partagées.Pour analyser comment les dynamiques de commoning sont rendues visibles, lisibles et mobilisables pour l'ensemble des habitant·es du territoire, la thèse mobilise la philosophie politique de Jacques Rancière, et particulièrement sa notion de « partage du sensible ». Appliquée aux communs, le partage du sensible sert à analyser le rôle de la reconnaissance mutuelle dans le maintien des dynamiques de coopération et d'expérimentation collective.
L'écologie de la perception (Gibson, Ingold, Abram) permet d'examiner les communs comme des formes d'habiter (manières situées de percevoir et d'agir) et non uniquement comme des dispositifs organisationnels.
Les approches relationnelles du lien social (Laflamme, Girard) envisagent l'interrelation sensible comme constitutive de l'action collective, ce qui permet de mieux saisir comment différents publics se reconnaissent (ou non) dans le commoning, quels freins limitent l'engagement, quelles incitations le soutiennent, et en quoi les communs favorisent l'attachement au territoire et la confiance dans l'action collective.
Pour piloter une transition socioécologique juste et inclusive, les collectivités territoriales cherchent à identifier et activer tous les leviers présents sur leur territoire. Parmi eux, les communs apparaissent comme un terrain propice pour expérimenter des formes innovantes d'action collective au service de cette transition.
Forme spécifique de gouvernance, les « communs » désignent la gestion collective, par des communautés d'usager·ères elles-mêmes, de ressources matérielles (forêts, eaux, terres, etc.) ou immatérielles (savoirs, données, créations, etc.). Fondés sur des pratiques collaboratives et contributives, les communs se déploient sous une myriade de formes : jardins partagés, habitats participatifs, tiers-lieux, coopératives énergétiques citoyennes, etc. Reconnaissant le potentiel des communs à élargir la base sociale qui porte la transition socioécologique, les pouvoirs publics cherchent à accompagner leur émergence. La 3ème édition de l'Appel à Communs « Mobiliser les communs au service de la transition écologique », lancée en 2025 par l'ADEME avec le soutien de la Fondation Macif et en partenariat avec France Tiers Lieux et l'IGN, en témoigne.
Les communs restent cependant fragiles face à certaines dynamiques politiques. Le moratoire sur les décisions locales concernant la gestion de l'eau, annoncé par le Premier ministre Sébastien Lecornu début 2026, a suspendu les travaux de la Commission Locale de l'Eau du bassin de la Vilaine (un commun breton), illustrant la précarité institutionnelle dans laquelle peuvent se trouver ces formes de gouvernance. De telles tensions risquent de produire un épuisement chez les commoners (membres d'un commun) et de dissuader de futures participations - restreignant d'autant les contributions des communs à la transition socioécologique.
Cette thèse vise à comprendre les dynamiques de commoning - le processus par lequel une communauté fait exister un commun à travers ses pratiques, ses relations et ses délibérations collectives (Ostrom, 1990) - et à les rendre plus visibles, lisibles et mobilisables pour l'ensemble des habitant·es du territoire ciblé. Elle se concentre sur les communs formés autour de ressources matérielles, dont l'ancrage physique permet d'interroger les liens tissés par les commoners à leurs lieux de vie et d'analyser l'impact de ces liens sur la vitalité des communs.
La thèse commence par un recensement des communs actifs sur le territoire, suivi d'une évaluation de leur vitalité, afin d'identifier leviers et freins au maintien des dynamiques de commoning. Ces données permettront de questionner et tester l'hypothèse centrale : les communs comportent une dimension écopoétique - entendue comme leur capacité à transformer les relations entre êtres et milieux et à rendre visible, lisible, et mobilisable ce qui ne l'était pas encore (au sens de poïesis) - en plus de leurs dimensions organisationnelle, juridique et éthique. Que cette hypothèse soit confirmée, nuancée ou infirmée, la thèse cherchera à caractériser la nature des liens sensibles que les commoners entretiennent avec leurs lieux de vie et avec les autres, ainsi le rôle de ces liens dans la vitalité des dynamiques de commoning.
Enfin, la thèse crée, développe et teste une méthode d'accompagnement des dynamiques de commoning : le design écopoétique. Cette thèse s'inscrit dans la méthode de la recherche-projet qui « fait usage des moyens du design pour produire un projet qui articule des enjeux de recherche » (Aubois-Liogier, 2025). Par la conception, l'expérimentation, et la mise en forme, la recherche produit ses connaissances. Cette approche nécessite une posture réflexive constante sur les effets de la démarche sur le terrain et sur les acteur·ices qui y participent. Elle suppose également une validation en deux temps : la validité scientifique des connaissances produites (volet 1), et la validité opérationnelle des dispositifs co-développés avec les acteur.ices locaux.ales (volet 2).
Les deux volets ne se succèdent pas strictement : la méthode de la recherche-projet implique une logique itérative, dans laquelle les connaissances produites par l'observation alimentent la conception des ateliers, dont les effets observés viennent à leur tour enrichir l'analyse. Cette circularité est constitutive de la démarche.
Volet 1 : Observation participante et contextualisation territoriale
L'enquête débute par une contextualisation de l'écosystème des commoners pour identifier les dynamiques de commoning existantes et émergentes sur le territoire. Ce volet nécessite une présence régulière au sein de communs (jardins partagés, FabLabs, habitats participatifs, tiers-lieux), immersion qui privilégiera la diversité des situations et des territoires plutôt que l'exhaustivité, afin de tester la robustesse du cadre d'analyse dans des contextes contrastés.
Cette immersion vise à : (1) Tester l'hypothèse principale en documentant les pratiques, paroles, et postures suggérant la capacité des communs à transformer le territoire, et donc leur dimension écopoétique ; (2) Tester la première sous-hypothèse en documentant les pratiques de gouvernance et en les mettant en perspective avec les principes d'Ostrom (règles collectives, résolution de conflits, reconnaissance institutionnelle, etc.) ; (3) Tester la deuxième sous-hypothèse en étant à l'écoute des commoners sur leurs liens sensibles aux lieux et aux autres ; (4) fournir un corpus de connaissances sur les communs et leurs membres.
Entre 30 et 40 entretiens semi-directifs avec commoners, agents publics, élu·es et acteurs économiques approfondiront cette connaissance, le nombre exact se fixant par saturation empirique. Ces entretiens permettront d'analyser : (1) Les perceptions et représentations du commoning par différents publics ; (2) Les freins et incitations à l'engagement (matériels, symboliques, organisationnels) ; (3) Les conditions favorisant l'attachement au territoire et la confiance dans l'action collective.
Une investigation complémentaire auprès d'une quinzaine d'habitant·es non impliqué·es dans les communs constituera un échantillon secondaire permettant d'apprécier comment ces dynamiques sont perçues, connues ou ignorées à l'échelle territoriale, générant des données qui serviront pour tester la troisième sous-hypothèse, qui analyse l'impact des initiatives pour rendre les communs visibles, lisibles et mobilisables auprès du grand public sur leur vitalité.
Volet 2 : Appui stratégique aux acteur.ices locaux.ales par la recherche
Ce volet vise à produire des dispositifs opérationnels en appui aux acteur.ices locaux.ales : (1) co-développement d'indicateurs de suivi de la vitalité des communs ; (2) conception et animation d'ateliers participatifs de design écopoétique, ouverts à l'ensemble des habitant·es du territoire et servant à créer des artefacts en lien avec le commoning (cartographies sensibles, prospective, marches exploratoires, mise en récit collective, art en commun) ; (3) restitutions publiques des ateliers pour nourrir un dialogue entre recherche, action publique et société civile ; (4) Analyse des approches de commoning et des formes de soutien public dans d'autres territoires (par exemple, Grenoble, Bologne, Gand) pour identifier des leviers transposables.
Ces expérimentations mobiliseront l'intelligence collective pour produire, en collaboration avec les acteur·ices locaux·ales, de nouvelles connaissances situées : une cartographie étendue des pratiques de commoning, de leurs leviers et de leurs freins ; une analyse des besoins des commoners et des réponses institutionnelles qui y sont apportées ; une compréhension approfondie des liens sensibles que les commoners tissent aux lieux et aux autres ; et une analyse du rôle des communs dans la transition socioécologique. Ces connaissances viendront enrichir et nuancer les données collectées dans le volet 1.
Le profil recherché
Diplômé en aménagement-urbanisme ou design.
Rigueur associée à la créativité, curiosité.
Aisance dans les relations avec les personnels et élus des collectivités locales.
Très bonnes qualités rédactionnelles/littéraires
Parfaite maîtrise de la langue française et de la langue anglaise.