Thèse Terres Lointaines Sociétés en Marge Dynamiques Sociales dans la Guyane des Missions 1643-1894 H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- Nantes - 44
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Nantes École doctorale : École doctorale Sociétés, Temps, Territoires Laboratoire de recherche : CENTRE DE RECHERCHES EN HISTOIRE INTERNATIONALE ET ATLANTIQUE- CRHIA Direction de la thèse : Yann LIGNEREUX ORCID 0009-0009-5589-7779 Date limite de candidature : 2026-06-10T00:00:00 Ce projet de thèse propose d'interroger les dynamiques sociales à l'oeuvre dans les marges coloniales des missions religieuses et de l'action missionnaire en Guyane française entre le xvii e et le xix e siècle. Dans un espace marqué par les rivalités impériales et la mobilité des populations amérindiennes et marronnes, la thèse se donne pour ambition d'analyser la mission non seulement comme entreprise d'évangélisation, mais comme dispositif de médiation, de territorialisation et de recomposition sociale. À travers l'étude d'acteurs masculins et féminins (Capucins, Jésuites, Spiritains, Soeurs de Saint-Joseph de Cluny), le projet cherche à comprendre comment ceux-ci participent à la fabrique d'un ordre colonial, tout en négociant leurs marges d'autonomie vis-à-vis des autorités civiles. En décrivant le déploiement des missions dans des espaces isolés, frontaliers ou disputés, cette recherche a aussi pour objectif d'interroger les écarts entre les discours missionnaires et les pratiques sociales observables. Elle s'attache ainsi à mettre en lumière les formes d'appropriation, de contournement ou de résistance développées par les populations locales face aux normes religieuses et coloniales. Par une approche comparée des congrégations et par une attention aux circulations atlantiques des hommes, des savoirs et des modèles missionnaires, ce travail entend enfin souligner la porosité des frontières entre religieux et politique, entre centre et périphéries, entre empire et sociétés locales. Il s'agit ainsi de comprendre comment, dans la Guyane des missions, se construisent des dynamiques sociales spécifiques, au croisement de l'évangélisation, de la colonisation et des stratégies propres aux acteurs engagés dans ces petits mondes en contact, sur une période étendue afin de saisir les continuités et les ruptures à l'oeuvre dans les processus impériaux et coloniaux des normes et des identités.
La chronologie retenue s'étend de 1643 à 1894. L'année 1643 marque l'arrivée en Guyane de l'expédition menée par Charles Poncet de Brétigny, accompagnée des premiers missionnaires capucins français présents sur le territoire. Cette mission est ensuite entretenue de manière régulière et ne connaît que deux périodes d'interruption : d'une part lors de l'expulsion des Jésuites dans les années 1760, et d'autre part pendant les troubles qui affectent la colonie à partir de 1791 jusqu'à la Restauration. La borne finale correspond à la disparition de la mission spiritaine. En effet, l'expulsion du préfet apostolique Guyodo en 1893 entraîne l'extinction de cette mission en 1894. Par la suite, la présence missionnaire ne réapparaît qu'à partir des années 1930, sous la forme d'une oeuvre essentiellement scolaire. Cette chronologie correspond ainsi au moment guyanais où l'entreprise missionnaire fut à l'avant-garde de la construction sociale et territoriale des marges de la colonie.
Les fonds de la bibliothèque du CRHIA formeront une base essentielle pour le développement de ce travail.
Un support informatique (traitement statistique, cartographie) pourra également être apporté.
La recherche envisagée s'inscrit à la croisée de l'histoire sociale du religieux, de l'histoire coloniale et de l'anthropologie historique, en mobilisant les apports récents de l'histoire connectée et des études impériales. Elle propose d'appréhender les missions en Guyane comme des espaces de production sociale et culturelle situés à l'interface entre institutions religieuses, structures coloniales et sociétés locales. L'analyse repose sur une mise en regard de différents espaces missionnaires - littoral et intérieur, missions fixes et itinérantes, zones amérindiennes et territoires de marronnage, concessions privées et paroisses - afin de rendre compte de la pluralité des configurations religieuses et sociales propres au territoire guyanais. L'étude prend également en considération la diversité des acteurs missionnaires, en intégrant les pratiques et les héritages institutionnels des différentes congrégations présentes dans la colonie, envisagées comme des composantes de réseaux religieux transatlantiques participant à la circulation de normes, de savoirs et de modèles pastoraux. Dans cette perspective, la Guyane est envisagée comme un espace colonial relationnel, marqué par des dynamiques frontalières et par l'imbrication d'échelles locales, impériales et atlantiques. L'attention portée aux interactions entre missionnaires et populations amérindiennes et marronnes permet d'inscrire l'analyse dans une réflexion plus large sur les processus de médiation culturelle, de traduction sociale et de construction des altérités en contexte impérial. Le projet vise ainsi à replacer l'expérience missionnaire guyanaise dans des dynamiques atlantiques et amazoniennes élargies où se déploient des formes situées de christianisation, d'organisation sociale et de production de savoirs sur les sociétés colonisées. Les marges coloniales y sont envisagées non comme des espaces fixes, mais comme des configurations historiques évolutives, redéfinies au fil des transformations politiques, territoriales et sociales de l'espace impérial.
La thèse s'appuie sur l'exploitation conjointe de sources missionnaires, administratives et diplomatiques conservées en France métropolitaine, en Guyane, ainsi qu'à Rome (Archivio Storico di Propaganda Fide). Les archives des congrégations - notamment jésuites (Vanves, Rome), spiritaines (Chevilly-Larue) et celles des soeurs de Saint-Joseph de Cluny (Paris) - seront étudiées aux côtés des fonds coloniaux des Archives nationales d'outre-mer (Aix-en-Provence) et des Archives territoriales de Guyane (Rémire-Montjoly), afin de confronter les discours produits par les missionnaires à ceux de l'administration coloniale. Ces documents - correspondances, rapports missionnaires, registres paroissiaux, récits de voyage, dossiers administratifs - seront analysés non seulement pour leur contenu, mais aussi comme objets matériels révélant des pratiques d'écriture, des stratégies de justification et des circulations documentaires entre terrain missionnaire, autorités impériales et réseaux religieux. Les fonds des Archives diplomatiques (Nantes et La Courneuve) éclaireront les zones frontalières ou disputées avec le Suriname et le Brésil dans lesquelles les missionnaires jouent un rôle privilégié de médiateurs auprès des populations. Une attention particulière sera portée au travail sériel, permettant de comparer les situations locales dans la longue durée et de repérer continuités, ruptures et adaptations des pratiques missionnaires. Dans une perspective d'anthropologie historique, l'analyse cherchera également à restituer, à partir de traces souvent indirectes, l'agentivité des populations - appropriations, négociations ou résistances - en croisant les sources institutionnelles avec les indices sociaux et relationnels qu'elles laissent apparaître, à travers la confrontation des sources d'époque, des études ethnographiques modernes et de la culture matérielle (collections des musées des Confluences Lyon, Alexandre-Franconie Cayenne, quai Branly-Jacques Chirac). Cette démarche vise ainsi à articuler étude des représentations, observation des pratiques sociales et analyse des circulations impériales afin de proposer une histoire située et connectée des missions.