Recrutement Doctorat.Gouv.Fr

Thèse Comprendre et Réduire la Vulnérabilité Cognitive Face aux Manipulations Informationnelles en Ligne une Approche par l'Ingénierie des Systèmes d'Information et la Psychologie Comportementale. H/F - Doctorat.Gouv.Fr

  • Paris - 75
  • CDD
  • Doctorat.Gouv.Fr
Publié le 26 juin 2026
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Les missions du poste

Établissement : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne École doctorale : Management Laboratoire de recherche : Centre de Recherche en Informatique Direction de la thèse : Camille SALINESI ORCID 0000000219570519 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-08-16T23:59:59 Cette thèse s'inscrit dans le projet VIGILANT, financé par l'AAP ANR ASTRID, et vise à comprendre, mesurer et réduire la vulnérabilité cognitive des individus face aux manipulations informationnelles en ligne. Dans un contexte marqué par la diffusion massive de contenus trompeurs, les opérations d'influence, la guerre cognitive et l'usage croissant de l'intelligence artificielle générative, l'enjeu est de dépasser la seule détection des fausses informations pour analyser les mécanismes qui rendent certains individus plus sensibles que d'autres à la désinformation.

La recherche adopte une perspective d'ingénierie des systèmes d'information, articulée à la psychologie comportementale, à la psychométrie, aux sciences cognitives, au traitement automatique du langage naturel et à l'intelligence artificielle explicable. Elle considère la manipulation informationnelle comme un phénomène sociotechnique résultant de l'interaction entre individus, contenus, plateformes numériques, contextes d'exposition et mécanismes cognitifs ou émotionnels.

La problématique centrale est la suivante : comment concevoir des systèmes d'information capables d'identifier, de modéliser et de réduire la vulnérabilité cognitive des individus face aux manipulations informationnelles en ligne ? La thèse cherchera plus précisément à répondre à trois questions : comment mesurer de manière fiable et quantitative la vulnérabilité cognitive individuelle à la désinformation ; comment les mécanismes cognitifs et émotionnels interagissent avec la structure narrative et la charge émotionnelle des contenus ; et comment concevoir des interventions d'inoculation psychologique adaptatives capables de renforcer durablement la résilience informationnelle.

La méthodologie retenue s'inscrit dans le paradigme de la Design Science Research. Une première phase portera sur une revue systématique de littérature afin d'élaborer un cadre conceptuel intégrant les dimensions cognitives, émotionnelles, narratives et contextuelles de la vulnérabilité. Une deuxième phase consistera à concevoir des modèles et instruments de mesure fondés notamment sur des méthodes psychométriques robustes. Une troisième phase visera le développement de prototypes numériques intégrant des modules d'évaluation individuelle, d'analyse de contenus et de remédiation adaptative. Ces artefacts seront évalués au moyen d'expérimentations contrôlées, d'études quantitatives à plus grande échelle et, lorsque possible, de réplications multiculturelles.

Les contributions attendues sont doubles. Sur le plan scientifique, la thèse produira un modèle intégré de la vulnérabilité cognitive et de ses interactions avec les propriétés narratives et émotionnelles des contenus. Sur le plan opérationnel, elle contribuera à la conception d'outils numériques destinés à évaluer la susceptibilité individuelle à l'influence, identifier les déclencheurs narratifs exploités dans les opérations de manipulation et proposer des contre-mesures personnalisées fondées sur l'inoculation psychologique. Elle vise ainsi à renforcer la résilience informationnelle des citoyens, des organisations publiques et des institutions confrontées aux enjeux de désinformation, de sécurité informationnelle et de défense.
Les travaux de Kahneman, Pennycook, Rand, van der Linden, Roozenbeek et Rutkowski ont permis d'identifier plusieurs mécanismes associés à la susceptibilité à la désinformation. La littérature demeure toutefois fragmentée entre psychologie, sciences cognitives, informatique et systèmes d'information. La thèse adoptera une perspective d'ingénierie des systèmes d'information intégrant explicitement les dimensions comportementales.

Depuis une quinzaine d'années, la recherche sur la désinformation et les manipulations informationnelles s'est considérablement développée sous l'effet de la généralisation des réseaux sociaux numériques et de l'accélération de la circulation des contenus en ligne. Les premières recherches se sont principalement concentrées sur les phénomènes de diffusion de l'information et sur les mécanismes de viralité. Les travaux de Vosoughi, Roy et Aral (2018) ont notamment montré que les fausses informations se propagent plus rapidement et plus largement que les informations vérifiées. Dans le même temps, les recherches sur les chambres d'écho et les bulles de filtrage (Pariser, 2011 ; Sunstein, 2017) ont mis en évidence le rôle des architectures numériques dans le renforcement de l'homophilie informationnelle et de la polarisation des opinions.
Parallèlement, un second courant de recherche s'est intéressé aux mécanismes cognitifs expliquant pourquoi certains individus adhèrent plus facilement à des contenus trompeurs. Les travaux de Kahneman (2011) sur les systèmes de pensée rapide et lente ont profondément renouvelé la compréhension des processus de jugement. Dans leur prolongement, Pennycook et Rand (2019, 2021) ont montré que la vulnérabilité à la désinformation semble davantage liée à une insuffisance de raisonnement analytique qu'à une simple adhésion idéologique. Ces recherches ont également souligné l'importance de la métacognition et de la calibration de la confiance dans les mécanismes de discernement informationnel.
D'autres travaux ont mis en évidence le rôle de la charge cognitive et émotionnelle dans les processus de manipulation. Les recherches conduites par Rutkowski et Saunders (2018) montrent que les situations de surcharge informationnelle réduisent les capacités d'analyse critique et favorisent l'adoption de raccourcis cognitifs. Ces résultats rejoignent ceux de nombreuses études démontrant que les contenus émotionnellement chargés bénéficient d'une diffusion plus importante et exercent une influence plus durable sur les comportements individuels. Les campagnes contemporaines de désinformation exploitent précisément cette combinaison entre activation émotionnelle, répétition des messages et surcharge informationnelle afin de maximiser leur efficacité.
Plus récemment, un troisième axe de recherche s'est développé autour de la notion de résilience cognitive. Les travaux de van der Linden et Roozenbeek ont montré qu'il est possible de renforcer la résistance des individus aux manipulations informationnelles au moyen de stratégies dites d'inoculation psychologique. Inspirées des mécanismes biologiques de vaccination, ces approches consistent à exposer préventivement les individus à des formes atténuées de manipulation afin de développer leurs capacités de détection et de résistance. Si les résultats obtenus sont prometteurs, plusieurs questions demeurent ouvertes concernant la durabilité des effets observés, leur transférabilité à différents contextes culturels ou thématiques, ainsi que leur adaptation à des profils cognitifs variés.
Du côté de l'informatique, les travaux se sont principalement concentrés sur la détection automatisée des contenus trompeurs, l'analyse des réseaux sociaux et l'identification de narratifs hostiles à l'aide de techniques de traitement automatique du langage naturel et d'intelligence artificielle. Les progrès récents des modèles de langage de grande taille ont ouvert de nouvelles perspectives pour l'analyse sémantique des contenus, mais également de nouveaux risques liés à la production automatisée de désinformation et à la personnalisation des opérations d'influence. Les recherches les plus récentes soulignent ainsi la nécessité de développer des approches explicables permettant de comprendre les mécanismes par lesquels certains contenus affectent les perceptions et les comportements.
Malgré la richesse de ces travaux, plusieurs limites importantes subsistent. Les recherches demeurent largement cloisonnées entre disciplines. Les psychologues étudient les mécanismes individuels de la crédulité et de la prise de décision, tandis que les informaticiens se concentrent principalement sur les contenus, les plateformes et les algorithmes. Peu de travaux proposent aujourd'hui une approche intégrée permettant de relier les caractéristiques psychologiques des individus, les propriétés narratives des contenus et les environnements numériques dans lesquels ces interactions prennent place. Il n'existe notamment pas de cadre consensuel permettant de mesurer de manière robuste la vulnérabilité cognitive individuelle ni de concevoir des interventions adaptatives tenant compte simultanément des facteurs cognitifs, émotionnels et contextuels.
Se positionnant précisément à l'intersection de ces différents courants de recherche, cette thèse mobilise les concepts de l'ingénierie des systèmes d'information, de la psychologie comportementale et de la Design Science Research, afin (a) de contribuer à l'élaboration de modèles intégrés de la vulnérabilité cognitive, (b) de concevoir des instruments de mesure scientifiquement validés, et (c) de proposer des mécanismes de remédiation adaptatifs susceptibles de renforcer durablement la résilience informationnelle des individus.

Cette approche vise à dépasser les analyses centrées exclusivement sur les contenus ou les individus afin d'appréhender la manipulation informationnelle comme un phénomène sociotechnique complexe résultant de l'interaction entre acteurs, technologies, contextes et processus cognitifs. La thèse s'inscrira dans le paradigme de la Design Science Research (DSR), particulièrement adapté aux recherches visant à produire simultanément des connaissances scientifiques et des artefacts capables de résoudre des problèmes réels. Contrairement aux approches purement descriptives ou explicatives, la Design Science considère que la production de connaissances peut être réalisée au travers de la conception, de l'évaluation et de l'amélioration d'artefacts tels que des modèles, des méthodes, des instruments de mesure ou
des systèmes logiciels. Cette approche est particulièrement pertinente dans le cadre du projet VIGILANT, dont l'ambition est à la fois de comprendre les mécanismes de vulnérabilité cognitive et de développer des dispositifs permettant de les réduire.
La première phase de la recherche sera consacrée à la construction du cadre conceptuel et théorique. Elle reposera sur une revue systématique de littérature couvrant plusieurs disciplines : psychologie cognitive, sciences comportementales, psychométrie, ingénierie des systèmes d'information, sciences de l'information, intelligence artificielle et traitement automatique du langage naturel. Cette analyse permettra d'identifier les modèles existants de vulnérabilité cognitive, les facteurs explicatifs proposés dans la littérature ainsi que les méthodes actuellement utilisées pour mesurer et réduire la susceptibilité aux manipulations informationnelles. Les résultats de cette revue serviront à élaborer un premier modèle conceptuel intégrant les principales dimensions cognitives, émotionnelles et contextuelles du phénomène étudié.
La seconde phase consistera à transformer ces connaissances théoriques en artefacts de recherche. Dans un premier temps, il s'agira de concevoir des modèles permettant de représenter les mécanismes de vulnérabilité cognitive et leurs interactions avec les caractéristiques des contenus informationnels. Ces modèles serviront ensuite de base à la conception d'instruments de mesure destinés à évaluer différents aspects de la vulnérabilité individuelle. La recherche pourra notamment mobiliser des méthodes issues de la psychométrie moderne, telles que les modèles de réponse à l'item, l'analyse factorielle confirmatoire ou les modèles d'équations structurelles. L'objectif sera de produire des instruments présentant des propriétés psychométriques robustes et permettant une utilisation dans différents contextes culturels et organisationnels.
Une troisième phase sera consacrée à la conception et au développement de prototypes numériques permettant d'implémenter les modèles élaborés. Ces prototypes pourront intégrer différentes composantes, telles que des mécanismes d'évaluation individuelle, des modules d'analyse de contenus, des systèmes de recommandation ou encore des dispositifs d'inoculation psychologique adaptative. La conception de ces artefacts s'appuiera sur les principes classiques de la Design Science, selon lesquels chaque cycle de développement est guidé par des hypothèses scientifiques explicitement formulées et soumises à validation empirique.
L'évaluation occupera une place centrale dans la méthodologie de recherche. Plusieurs types d'études empiriques seront mobilisés tout au long de la thèse. Des expérimentations contrôlées permettront d'étudier l'influence de variables telles que la charge cognitive, l'activation émotionnelle ou les caractéristiques narratives des contenus sur les performances des participants. Des études quantitatives à plus grande échelle seront utilisées pour valider les modèles proposés et évaluer leur robustesse statistique. Lorsque cela sera possible, des réplications multiculturelles seront conduites afin d'évaluer la transférabilité des résultats dans différents contextes nationaux et socioculturels, notamment grâce à la collaboration avec Tilburg University et les partenaires européens du projet.
Enfin, conformément aux principes de la Design Science Research, la thèse articulera en permanence deux objectifs complémentaires. Le premier consistera à produire des connaissances scientifiques nouvelles sur les mécanismes de vulnérabilité cognitive et les
conditions permettant de renforcer la résilience informationnelle. Le second visera à développer des artefacts opérationnels susceptibles d'être mobilisés par des organisations confrontées aux enjeux de manipulation informationnelle. Cette double ambition permettra d'assurer à la fois la contribution académique de la recherche et sa pertinence pratique dans les domaines de la sécurité informationnelle, de la défense et de la résilience cognitive.

Le profil recherché

Nous recherchons prioritairement un candidat ou une candidate issu(e) d'une école d'ingénieur ou titulaire d'un master recherche en informatique, systèmes d'information, intelligence artificielle, cybersécurité ou disciplines voisines.
Une expérience avérée de recherche est indispensable, attestée par un excellent mémoire de recherche ou une ou plusieurs publications scientifiques.
Le recrutement des candidats, notamment ceux qui ne sont ressortissant d'un État membre de l'Union européenne est conditionné par l'approbation de l'organisme financeur.
En raison du caractère international de la recherche, les candidats doivent avoir un niveau C2 en français et en anglais

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