Thèse Stratégies de Profit Environnement et Crise de l'Économie Numérique une Analyse Méso-Régulationniste du Développement de l'Intelligence Artificielle H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- Rennes - 35
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université Rennes 2 École doctorale : École doctorale Espaces, Sociétés, Civilisations Laboratoire de recherche : Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Innovations Sociétales Direction de la thèse : Leo CHARLES Date limite de candidature : 2026-10-19T00:00:00
Depuis la diffusion massive de l'IA générative, amorcée par la sortie de ChatGPT en novembre 2022, le secteur de l'intelligence artificielle connaît un développement d'une ampleur inédite. Il est devenu un enjeu géoéconomique majeur et l'objet d'investissements considérables. Si les risques financiers et macroéconomiques associés à cet essor font l'objet d'une attention croissante, le rapport de ces firmes aux milieux biophysiques reste peu étudié dans les sciences sociales. Cette thèse interroge la compatibilité des modèles économiques de l'IA générative, en régime capitaliste financiarisé, avec les limites environnementales.
L'hypothèse centrale est que la stratégie de profit des firmes du secteur repose sur une externalisation massive des coûts environnementaux. Dans une perspective de durabilité forte, l'intégration pleine et entière des contraintes socio-métaboliques à leur processus de production rendrait nombre de ces modèles non seulement insoutenables, mais aussi non rentables. Le scaling, principal ressort de croissance des firmes états-uniennes, en constitue le mécanisme clé : il suppose une augmentation continue de la puissance de calcul, et donc des infrastructures et des flux de matières et d'énergie. Pour l'analyser, la thèse mobilise la grille des modèles productifs (Boyer et Freyssenet, 2000), en particulier la dimension « organisation productive ». Elle s'appuie également sur le canal « relation à la nature » de l'approche mésoéconomique (Lamarche et Bastien, 2025), jusqu'ici peu exploré dans les travaux régulationnistes sur le capitalisme numérique.
La thèse examine ensuite les potentialités de crise du secteur. Celui-ci se caractérise par une forte concentration des capacités de calcul et par des perspectives de rentabilité suspendues au pari de l'intelligence artificielle générale. Il repose en outre sur un réseau d'engagements financiers croisés, estimé à environ 2 100 milliards de dollars, susceptible de nourrir une crise de suraccumulation. En articulant théorie de la régulation, mésoéconomie et économie écologique, ce travail cherche à comprendre comment une crise formée à un niveau sectoriel peut se propager au niveau macroéconomique et remettre en cause le régime d'accumulation.
Sur le plan méthodologique, la recherche adopte une approche comparative entre les États-Unis, la Chine et l'Union européenne. Elle repose sur une méthode mixte. Le volet qualitatif s'appuie sur des entretiens semi-directifs auprès d'acteurs économiques et institutionnels. Le volet quantitatif combine la comptabilité des flux de matières et d'énergie, l'analyse factorielle des correspondances appliquée aux modèles productifs et les modélisations régulationnistes de la crise, notamment l'endométabolisme. L'adaptation de ces outils, conçus pour l'analyse macroéconomique, à l'échelle méso constitue l'un des apports attendus de la thèse.
Le ou la doctorant.e sera soutenu financièrement par le laboratoire LiRIS. Par ailleurs, il serait souhaitable de postuler à des offres de financement (bourses) de sociétés savantes pour compléter le financement.
Le projet a trois types d'enjeux : théoriques, méthodologiques et sociétaux.
Enjeux théoriques. Le projet comble un angle mort des travaux régulationnistes sur le capitalisme numérique, qui ont surtout étudié les formes institutionnelles et le régime d'accumulation en négligeant la « relation à la nature ». Il participe aussi au débat en cours sur la manière d'intégrer le rapport social à l'environnement à la théorie de la régulation. Enfin, il croise trois cadres jusqu'ici peu articulés : modèles productifs, mésoéconomie et économie écologique.
Enjeux méthodologiques. Il s'agit d'adapter à l'échelle d'un secteur des outils conçus pour l'analyse macroéconomique : comptabilité des flux de matières et d'énergie, et modélisations de la crise comme l'endométabolisme. Si cette adaptation réussit, elle pourra servir à l'étude d'autres secteurs.
Enjeux sociétaux et politiques. Le projet veut démontrer de façon factuelle, du point de vue économique, ce que la littérature journalistique documente déjà : l'ampleur et la nature des coûts environnementaux supportés par des tiers, comme la consommation d'eau et d'électricité, les émissions ou l'extraction minière. En montrant que la rentabilité du secteur dépend de cette externalisation, et en identifiant ses fragilités financières, la thèse peut éclairer la régulation de l'IA. Elle peut aussi aider à anticiper une crise dont les répercussions pourraient être systémiques, à un moment où les pouvoirs publics cherchent encore comment encadrer cette technologie.